Mortes-eaux / Donna
Leon ; trad. de l'américain par William Olivier Desmond. -
Paris : Seuil, 2005. - 309 p. ; 18 cm. - (Points,
policier, 1331). ISBN 2-02-059345-9
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En face de Chioggia, Pellestrina occupe l'extrémité
méridionale du cordon littoral qui sépare la lagune
vénitienne de l'Adriatique. Trois meurtres au sein de la
communauté de pêcheurs qui occupe le bourg
nécessitent l'intervention du commissaire Brunetti qui doit
affronter un milieu peu accueillant, d'un abord plus rude que
celui où il a ses habitudes. À Pellestrina on parle peu
aux étrangers, encore moins à ceux qui
représentent la loi et l'ordre dans la métropole
voisine — en dernier ressort, on peut encore jouer entre
italien, vénitien et dialecte du cru.
L'enquête s'avère donc si délicate que
Brunetti accepte que la très séduisante signorina
Elettra, secrétaire de la vice-questure, prenne quelques jours
de vacances informelles chez une cousine qui réside à
Pellestrina : elle pense être en mesure de recueillir des
informations décisives. L'idée s'avèrera
fructueuse, mais dans des circonstances d'une rare violence.
C'est en effet lors d'un coup de bora, aussi
brutal qu'inattendu, que se dénouera le drame de Pellestrina
— quand terre et mer se fondent dans un fatal tourbillon. On se
croit loin du raffinement de la Sérénissime
— décor habituel des enquêtes du commissaire
Brunetti —, mais ici et là, les mêmes forces de
sape sont à l'œuvre.
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| EXTRAIT |
« Oh, je ne doute pas que l'affaire soit simple,
monsieur. En fait, certaines personnes de Pellestrina nous ont
déjà donné le nom de quelqu'un qui a eu maille
à partir avec l'une des victimes.
— Et ? » voulut savoir Patta,
enthousiaste maintenant que ça paraissait évident. La
résolution rapide d'une affaire de meurtre serait un bon coup
pour la vice-questure de Venise. C'est tout juste si Brunetti ne le
voyait pas déjà écrire la manchette :
L'INTERVENTION RAPIDE DU VICE-QUESTEUR PERMET DE RÉSOUDRE LE
DOUBLE MEURTRE DE PELLESTRINA.
« C'est-à-dire, comme vous allez être
absent la semaine prochaine, monsieur, il vaudrait peut-être
mieux que ce soient les carabiniers qui s'en occupent. »
Brunetti se tut, attendant de voir si Patta allait profiter de ce
commentaire pour aborder la question de la hiérarchie pendant
son absence. « Pour qu'ils en tirent tout le
crédit ? fulmina Patta sans chercher à cacher son
indignation (…). Si l'affaire est aussi simple que vous le
dites, reprit-il en levant la main pour arrêter toute
éventuelle protestation de la part de Brunetti, alors il faut
absolument que nous menions l'enquête. Les carabiniers vont tout
bousiller. — Mais, monsieur, objecta
faiblement Brunetti, je ne suis pas sûr qu'on puisse envoyer
quelqu'un là-bas. » Iago était
l'un des personnages de théâtre favori de Brunetti ;
il admirait son talent depuis toujours, et avait souvent cherché
à l'imiter. Avec l'image du traître bien présente
à l'esprit, Brunetti poursuivit :
« Peut-être que Marotta pourrait s'en occuper.
Il ne peut avoir aucun lien avec les gens du cru. Il est de Turin,
n'est-ce pas, monsieur ? » Patta acquiesça et Brunetti ajouta : « Bien. Il n'y a donc aucune chance qu'il soit parent avec quelqu'un de Pellestrina. » Patta en avait assez.
« Oh, pour l'amour du ciel, servez-vous de votre
tête, Brunetti ! Si nous envoyons un Turinois là-bas,
il ne lui diront rien, pas un mot. Il faut que ce soit quelqu'un
d'ici. Sans compter, ajouta Patta comme s'il n'y pensait que
maintenant, que Marotta prendra ma place en mon absence et qu'il ne
pourra pas courir jusqu'à l'autre bout de la lagune, tout
ça pour interroger des individus qui ne connaissent que le
dialecte. » Si les individus en question
avaient aussi cru que la Terre était plate et située au
centre de l'Univers, le mépris qu'il avait pour eux n'aurait pas
été plus évident.
pp. 97-98 |
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COMPLÉMENT BIBLIOGRAPHIQUE
- « A sea of trouble », London : Arrow, 2001
- « Mortes-eaux », Paris : Calmann-Lévy, 2004
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| mise-à-jour : 3 août 2005 |

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