Des îles Marquises
et des colonies de la France / Gabriel Lafond de Lurcy. - Paris :
impr. Vve Dondey-Dupré, 1843. - 47 p.
|
Vingt ans après une rapide
escale, Gabriel Lafond proposait de faire des îles Marquises
un lieu de déportation pour les ennemis … du
Pérou. La relation de son voyage est publiée
à Paris au moment même où l'amiral Dupetit-Thouars
vient de prendre possession de l'archipel au nom de la France.
Dès les débuts
de la colonisation, il semble acquis que les Marquises aient
vocation à accueillir les condamnés à de
longues et lourdes peines 1 ; mais le débat préalable
à la mise-en-œuvre du projet ne s'engage qu'en 1850 ;
il suscite de vifs échanges où s'illustrent, parmi
d'autres, Lamartine et surtout Victor Hugo : « Vous
êtes-vous rendu compte de ce que serait, je dirais presque
nécessairement, l'homme quelconque qui acceptera, à
la face du monde civilisé, la charge morale de cet odieux
établissement des îles Marquises, l'homme qui consentira
à être le fossoyeur de cette prison et le geôlier
de cette tombe ? » (Assemblée législative,
5 avril 1850).
Les premiers déportés
sont débarqués à Nuku Hiva en juin 1852 ;
ils sont peu nombreux : Alphonse Gent, Louis Longomazino,
Albert Ode … et leurs familles respectives. Un an plus
tard, Longomazino est autorisé à s'établir
à Tahiti ; en 1854, les famille Ode et Gent voient
à leur tour leur peine commuée et s'embarquent
pour Valparaiso. Le sinistre intermède a été
de courte durée ; les autorités pénitentiaires
et coloniales vont se tourner vers la Guyane et la Nouvelle-Calédonie.
- En 1843, Lucien-François
de Montignac qui s'illustre par ses méthodes expéditives
en Algérie propose de « tuer tous les hommes
jusqu'à l'âge de quinze ans » et de « prendre
toutes les femmes et les enfants, en charger les bâtiments,
les envoyer aux îles Marquises ou ailleurs »
— « Lettres d'un soldat : neuf années
de campagnes en Afrique », Paris : Plon, Nourrit
et Cie, 1885 ; rééd. Vernon : Christian
Destremau, 1998, 2001.
|
JEAN-JO SCEMLA : La capitaine Lafond, officier
de la marine française, est entré au service du
jeune gouvernement du Pérou. Il commande une goélette
de guerre, l'Estrella. Sa mission, aux Marquises et à
Tahiti a pour but d'étudier l'opportunité d'y créer
« un lieu de déportation pour les ennemis des
nouvelles institutions du Pérou », car « il
ne suffisait pas de vaincre les Espagnols, il fallait encore
les mettre dans l'impossibilité de prolonger la guerre ».
Lafond arrive à Nuku-Hiva en 1822, mais écrit ses
souvenirs vingt ans plus tard, auxquels il mêle des informations
de source livresque.
« Le
voyage en Polynésie », Paris : Robert
Laffont (Bouquins), 1994 (p. 1160)
|
COMPLÉMENT
BIBLIOGRAPHIQUE
- « Voyages autour
du monde et naufrages célèbres [...] »,
Paris : Pourrat frères, 1843-1844
- Michel Bailleul, « Les
débuts d'une colonisation incertaine : 1842-1859 »,
in Les îles Marquises :
Histoire de la Terre des Hommes du XVIIIe siècle à
nos jours, Papeete : Ministère de la culture
de la Polynésie française, 2001 (pp. 87-94)
- Eric Fougère, « La
notion d'enceinte fortifiée : Mayotte et les Marquises »,
« Trois déportés simples aux îles
Marquises », in Île-prison,
bagne et déportation, Paris : L'Harmattan,
2002 (pp. 97-106, 110-115)
- Dominique Lecoeur, « Louis Langomazino (1820-1885) :
un missionnaire républicain de la Provence aux îles
Marquises », Mane & Les Mées, 2002
- Emmanuel Vigneron, « Victor
Hugo et les îles Marquises, ou le poète, le géographe
et la politique », Bulletin de la Sté des études
océaniennes (Papeete), n° 233, décembre
1985 (pp. 55-66)
|
|
| mise-à-jour : 11 août 2006 |
| COUV | |
|