Célanire cou-coupé
/ Maryse Condé. - Paris : Robert Laffont, 2000. -
248 p. ; 24 cm.
ISBN 2-221-08629-5
|
NOTE DE L'ÉDITEUR : Il y a cinq ans, à la
Guadeloupe, un bébé a été trouvé,
la gorge tranchée, sur un tas d'ordures. Il a survécu
à ses blessures. La lecture de ce fait divers abominable
a touché profondément Maryse Condé. Une
telle mutilation subie quand on est un bébé marque
une vie d'une manière monstrueuse. Comment peut-on survivre
en portant à son cou une cicatrice aussi horrible ?
Pour répondre à cette question, Maryse Condé
a créé l'étonnant personnage de Célanire
Pinceau, dite « Célanire cou-coupé »
et a replacé ce drame dans le contexte du début
du siècle et de la colonisation. La blessure abominable
devenant le symbole du crime commis contre les populations indigènes
et la révolte de son héroïne celle de tous
les révoltés.
Une nouvelle fois, avec la force
et la cruauté qui hantent son œuvre, Maryse Condé
met en scène le supplice des peuples opprimés,
et plus particulièrement celui des femmes martyrisées.
Dans ce roman « endiablé » où
les vivants et les morts se mêlent parfois amoureusement,
Maryse Condé trace à l'encre rouge sang le destin
de Célanire Pinceau, bébé sacrifié
à sa naissance sur l'autel de la réussite politique
d'un Blanc et qui n'aura assez de toute sa vie pour se venger
du crime dont elle a été la victime.
|
LE MONDE DES LIVRES, 10 novembre 2000 : […]
Tous les thèmes que Maryse
Condé a abordés dans ses précédents
romans, le contact avec l'Europe, le sens de la colonisation,
sont ici présents, mais abordés sous un angle résolument
moqueur et totalement irrespectueux. On est loin de la quête
des racines africaines qui marquait ses premiers livres. « Au
début, je voulais savoir qui j'étais, j'accordais
une importance essentielle à la race. C'est une première
période dont le symbole est Ségou. »
Le succès considérable du cycle de Ségou
ne l'a pas empêchée de se détourner rapidement
du sillon tout tracé qui s'offrait à elle :
« Malgré l'amour que je porte à l'Afrique,
je ne suis pas africaine. Je suis revenue à une inspiration
plus collée à l'histoire et à la sociologie
des Antilles. Mais je suis une Guadeloupéenne qui vit
à New York, ne parle pas créole et n'aime pas le
zouk ».
Là non plus elle ne veut
pas être enfermée dans le carcan d'une étroite
identité guadeloupéenne, et garde une prudente
réserve vis-à-vis des écrivains dits de
la créolité. « Tous les écrivains
antillais, qu'ils écrivent en français ou en créole,
sont des écrivains de la créolité. On a
tort de restreindre le terme à ceux qui ont écrit
un manifeste. Un écrivain puise dans tout le matériau
linguistique pour s'exprimer. Je n'écris pas en français,
pas en créole, j'écris en Maryse Condé ».
Sa place dans la littérature française ne va non
plus de soi. « La France est toujours le pays contre
lequel je me définis. Je n'arrive pas à me débarasser
de ce complexe un peu bête, un peu aveugle. Quand j'étais
en classe, la littérature française était
celle contre laquelle on réagissait, on voulait se défendre
d'une admiration excessive. »
[…]
Gérard Meudal
|
|
COMPLÉMENT
BIBLIOGRAPHIQUE
- « Célanire
cou coupé », Paris : Pocket (11375), 2003
- « La
parole des femmes : essai sur des romancières des
Antilles de langue française », Paris :
L'Harmattan, 1979
- « Le
cœur à rire et à pleurer », Paris :
Robert Laffont, 1999
- « La
planète Orbis », Pointe-à-Pitre :
Éd. Jasor, 2002
- « Histoire
de la femme cannibale », Paris : Mercure
de France, 2003
- « Victoire, les saveurs et les mots », Paris : Gallimard (Folio, 4731), 2008
- « En attendant la montée des eaux », Paris : JC Lattès, 2010
- Madeleine Cottet-Hage et Lydie
Moudileno (dir.), « Maryse
Condé, une nomade inconvenante », Matoury
(Guyane) : Ibis Rouge, 2002
- Paola Ghinelli, « Entretien
avec Maryse Condé », in Archipels
littéraires, Montréal : Mémoire
d'encrier, 2005
|
|
| mise-à-jour : 18 avril 2011 |

| |
|