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ces voyages dans notre monde ou dans l'autre, ceux qui nous charment le
plus sont les moins crédibles et les moins raisonnables.
Francis Lacassin, Intoduction, p. IV |
Le recueil présenté par Francis Lacassin (1931-2008) a pour principal mérite
de présenter, sous une forme ramassée, plusieurs
titres essentiels : « L'Utopie » et
« La Cité du Soleil », entre la
« Navigation de Saint Brendan » et les
« Voyages de Gulliver » ; il permet
de suivre, étape par étape l'évolution des
interrogations qui s'expriment dans le genre qualifié
a posteriori d'utopique.
Les îles de Saint Brendan
reposent au-delà de l'horizon, dissimulées au regard
du commun, mais pressenties ; celles de Thomas More (1516) ou de Campanella (1623)
s'inscrivent dans une géographie qui se déploie
sous l'impulsion des découvreurs de l'époque ;
dès la fin du XVIIIe siècle, l'extrême-ailleurs
semble n'avoir plus de place qu'aux confins de l'hémisphère
austral et se rapproche inexorablement du pôle antarctique.
Fictions avouées ou maquillées,
ces textes diffèrent par la portée dont les chargent
leurs auteurs ou que leurs assignent les lecteurs ; mais
ils procèdent tous d'un même élan :
situer dans une île de nulle part, l'esquisse plus
ou moins développée, d'une société
tantôt proche de celle que connaissent l'auteur et
ses contemporains — les travers sont relevés comme
par un jeu d'optiques déformantes —, tantôt
radicalement différente, — désignant alors,
selon les cas, objectifs à atteindre ou écueils
à éviter.