La colonie pénitentiaire
/ Franz Kafka ; trad. de l'allemand par Alexandre Vialatte.
- Paris : Gallimard, 1966. - 184 p. ; 19 cm.
- (Du monde entier).
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MATTHIAS LANGHOFF, metteur en scène de L'île
du Salut, d'après Kafka : […]
Que voit-on dans [La colonie
pénitentiaire] ? Un jeune officier engagé
totalement dans la défense d'une idéologie. Il
tient au voyageur, représentant un peu l'humanisme européen,
un discours d'ordre absolu, et ne fait rien d'autre qu'exécuter
un jugement, à sa façon, parce qu'il sait que l'ordre
dont il rêve n'a pu advenir. Pour moi, c'est le problème
central du monde d'aujourd'hui qui est posé — de
l'évolution dans les ex-pays de l'Est à la Yougoslavie,
en passant par l'attitude face à l'islamisme. On
a une vérité, dont on pense qu'elle est la seule,
et qu'on peut l'humaniser. Mais en fait, on ne quitte jamais
la position de colon.
[…]
Interview recueillie par Brigitte
Salino, Le Monde, 5 octobre 1996
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| EXTRAIT |
Quand le voyageur, suivi du soldat
et du condamné, arriva aux premières maisons de
la colonie, le soldat en montra une et dit :
— Voici la maison de thé.
Au rez-de-chaussée d'un immeuble se
trouvait une salle profonde, basse, semblable à une caverne
et dont les murs et la plafond étaient brunis par la fumée.
Du côté de la rue elle était toute ouverte.
Bien que cette maison de thé ne se distinguât pas
beaucoup des autres maisons de la colonie qui étaient
toutes très délabrées, sauf les palais du
quartier général, elle produisit sur le voyageur
l'impression d'un souvenir historique et il sentit la puissance
des anciens temps. Il se rapprocha, suivi de ses deux compagnons,
passa entre les tables vides de la terrasse et respira l'air
froid et croupi qui venait de l'intérieur.
— Le vieux est enterré ici, dit
le soldat, le curé lui a refusé une place dans
le cimetière. On s'est demandé un certain temps
où il fallait l'inhumer, on a fini par le mettre là.
L'officier ne vous en a certainement rien dit : c'était
naturellement ce qui lui faisait le plus honte. Il a même
essayé plusieurs fois, la nuit, de déterrer le
vieux, mais on l'a toujours chassé.
— Où est le tombeau ? demanda
le voyageur qui ne pouvait croire le soldat.
Le soldat et le condamné le précédèrent
aussitôt en montrant de leurs mains tendues l'endroit où
devait se trouver le tombeau. Ils conduisirent le voyageur jusqu'au
mur du fond contre lequel s'alignaient quelques tables entourées
de clients. C'étaient probablement des ouvriers du port,
des hommes forts avec de petites barbes noires et brillantes.
Ils étaient tous en bras de chemise et ces chemises étaient
déchirées, bref de pauvres gens humiliés.
Quand le voyageur s'approcha, quelques-uns se relevèrent,
se pressèrent contre la muraille et le regardèrent
venir.
— C'est un étranger, chuchotait-on
autour de lui, il veut regarder le tombeau.
Ils repoussèrent l'une des tables sous
laquelle se trouvait, de fait, une pierre tombale : une
simple pierre, assez basse pour disparaître sous une table.
Elle portait une inscription en caractères minuscules ;
le voyageur dut s'agenouiller pour la lire. L'épitaphe
disait : « Ici repose le vieux commandant. Ses
fidèles, qui n'ont plus le droit de porter un nom, lui
ont creusé cette tombe et consacré cette pierre.
Une prophétie nous assure qu'au bout d'un certain nombre
d'années le commandant ressuscitera et, partant de cette
maison, emmènera tous ses fidèles reconquérir
la colonie. Croyez et attendez. »
pp. 47-48
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COMPLÉMENT
BIBLIOGRAPHIQUE
- « In der Strafkolonie »,
Leipzig : Kurt Wolff, 1919
- « Au bagne » trad. par Jean Carrive, Marseille : Les Cahiers du sud, 1939
- « La colonie pénitentiaire »
traduction et préface de Jean Starobinski, Fribourg :
Librairie de l'université de Fribourg ; Paris :
Egloff, 1945
- « La colonie pénitentiaire »
trad. d'Alexandre Vialatte, Paris : Gallimard (Folio, 192),
1972
- « Dans la colonie
pénitentiaire, et autres nouvelles » trad.
de Bernard Lortholary, Paris : Flammarion (G.F., 564), 1991
- « La métamorphose
[suivi de] Dans la colonie pénitentiaire »
trad. de Bernard Lortholary, Paris : EJL (Librio, 3), 1994
- « A la colonie disciplinaire,
et autres récits II » trad. de Catherine Billmann
et Jacques Cellard, Arles : Actes sud (Babel, 352), 1998
- «
Au bagne et autres proses » trad. et commentés par Jean
Carrive, suivis de lettres et d'articles relatifs à
l'interprétation du traducteur rassemblés et
présentés par Jean-Paul Jacquier, Toulon : La
Nerthe, 2008
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| mise-à-jour : 14 février 2009 |

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