L'île des Pingouins
/ Anatole France ; préface de Pierre Gascar. - Paris :
Presses pocket, 1985. - 351 p. ; 18 cm. - (Presses
pocket, 2398).
ISBN 2-266-04553-9
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PIERRE GASCAR : […]
Chez Tomas More, au XVIe siècle,
il n'y a jamais, entre son île d'Utopie
et celle où Christophe Colomb vient d'aborder, que l'écart
de l'imaginaire ; sans Walter Raleigh, qui a exploré
les bords de l'Orénoque, peuplés d'étranges
êtres humains, Swift n'aurait pas l'idée des Voyages de Gulliver ; Daniel Defoe
n'inventerait pas Robinson Crusoé, s'il n'accompagnait
par la pensée les nombreux devanciers de Cook ; sans
J.-B. Charcot, qui prospecte l'Antarctique, Anatole France n'écrirait
pas l'Île des Pingouins …
Les grands voyageurs ouvrent
le champ aux entreprises de l'esprit les plus fructueuses, en
entraînant toujours dans leur sillage quelques écrivains
en quête de sujets de contes fantastiques ou de paraboles
au moyen desquelles nous apporter d'utiles leçons. Dans
la relation de son expédition en Antarctique publiée
en 1903, J.-B. Charcot complétait, entre autres choses,
les informations qu'on possédait déjà sur
les mœurs d'un spécimen de la faune de ces régions
polaires, le manchot ou grand pingouin 1, animal dont l'aspect
endimanché et le maintien plutôt cocasse contrastent
avec l'inhospitalité des lieux où il vit et font
penser à une plaisanterie que la nature se serait
faite à elle-même.
Cette note ironique, au milieu
de la banquise balayée par le blizzard, ne pouvait
manquer d'être retenue par un homme comme Anatole France,
toujours ravi de constaster les singularités dont notre
monde réputé si harmonieux abonde, et qui découvrait
du même coup une image caricaturale de l'humanité
dans ces troupes d'oiseaux incapables de voler, perdus dans un
milieu hostile, mais solennels et clabaudants.
[…]
On comprend qu'Anatole France,
lisant les récits de Charcot, ait aussitôt imaginé
un conte philosophique dans lequel la race des pingouins constituerait
la souche de l'humanité, celle-ci se trouvant évidemment
condamnée par voie héréditaire à
traîner, le long des millénaires, l'air de dignité
plutôt grotesque que les représentants de l'espèce
originelle affichent au milieu des étendues glacées.
[…]
Préface, pp. 7-8
- « Le vrai
pingouin est exclusivement nordique. Homologue du manchot, certes, mais
très différent génétiquement : le
premier appartient à la famille des alcidés, le second
à celle des sphéniscidés. Deux quasi-sosies mais
sans lien de parenté. Nés en des lieux
diamétralement opposés, les deux pôles de la
sphère terrestre, de l'adaptation à des contraintes
similaires. » — Henri Gourdin, « Le grand pingouin », Arles : Actes sud, 2008 (p. 9).
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| EXTRAIT |
Après quatre-vingt-dix
jours de navigation j'abordai dans le port vaste et désert
des Pingouins philomaques et me rendis à travers
des campagnes incultes jusqu'à la capitale en ruine.
[…]
— Qu'est-ce que vous
voulez ? me demanda rudement, sous la porte de la ville,
un militaire dont les moustaches menaçaient le ciel.
— Monsieur, répondis-je, je viens, en curieux,
visiter cette île.
— Ce n'est pas une île, répliqua le soldat.
— Quoi ! m'écriai-je, l'île des Pingouins
n'est point une île ?
— Non, monsieur, c'est une insule. On l'appelait autrefois
île, mais, depuis un siècle, elle porte par décret
le nom d'insule. C'est la seule insule de tout l'univers. Vous
avez un passeport ?
Livre IV, chapitre 2, p. 165
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COMPLÉMENT
BIBLIOGRAPHIQUE
- Anatole France, « L'île des pingouins », Paris : Calmann-Lévy, 1908
- Anatole France, « L'île
des pingouins » préface de Pierre Gascar, Paris :
Calmann-Lévy, 1980
- Anatole France, « L'île
des pingouins » préface de Pierre Bourgeade,
ill. d'Eugène Darnet, Paris : Messidor (Les Grands
romans de la liberté, 7), 1990
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| mise-à-jour : 24 mai 2008 |

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