L'isle des Hermaphrodites
/ [Thomas Artus] ; éd., introduction et notes par
Claude-Gilbert Dubois. - Genève : Droz, 1996. - 204 p. ;
18 cm. - (Textes littéraires français, 467).
ISBN 2-600-00132-8
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NOTE DE L'ÉDITEUR : Voici un texte qui a attiré
l'attention des « curieux », comme on disait
au XVIIe siècle, et fait se multiplier de nos jours les
interrogations des lecteurs : bâtard ou enfant perdu ?
L'editio princeps ne porte en effet aucun nom d'auteur, d'imprimeur,
de lieu, ni de date ! Il semble cependant que l'auteur soit Artus
Thomas, sieur d'Embry ; le livre fit son apparition sur le marché
parisien en 1605.
L'Isle des Hermaphrodites est la première anti-utopie de langue
française. Reprenant le cadre de l'utopie, l'auteur en inverse
les données en plaçant l'humour et le sérieux
en position paradoxale. L'art de narrer s'y pratique avec virtuosité
: le narrateur assure qu'un voyageur lui a raconté avoir
visité une île flottante où vivaient des
« Siredonnes » aux curieuses manières,
dont il ne nous cache rien. Longtemps considéré
comme un pamphlet dirigé contre Henri III et ses
mignons, en une reprise d'anecdotes satiriques anciennes, l'œuvre
a en fait une portée plus générale et jette
les derniers feux étincelants du maniérisme dans
le chantier en construction de l'État baroque.
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FRANK LESTRINGANT : D'inspiration catholique et conservatrice,
s'inscrivant dans le mouvement de la Contre-Réforme et
appelant à la restauration de la morale, L'Isle des
Hermaphrodites est une anti-utopie, « la première
anti-utopie de langue française », qui dénonce,
par-delà les mœurs efféminées du courtisan,
le culte des manières et le mépris de la religion.
La satire, pour autant, n'a rien d'austère, et certaines
saynettes, comme la pantomime du lever de l'Hermaphrodite et
de sa toilette, annoncent la verve incisive et théâtrale
de La Bruyère.
L'île satirique, comme
il se doit, est mobile. C'est une île « toute
flottante », qui « erre vagabonde sur ce
grand Ocean sans aucune stabilité ». La redondance
laisse affleurer le sens allégorique. […] L'île
des Hermaphrodites est décrite plus loin comme un « nouveau
vaisseau terrestre », un étrange navire de
terre. Comme les êtres mi-hommes mi-femmes qui l'habitent,
cette île est un hybride. C'est pourquoi l'oxymore la décrit
très exactement.
Dans cette île flottante,
tout bouge, le sol, les hommes et même les sièges.
[…] Ces chaises pliantes « s'allongeoient, s'eslargissoient,
se baissoient, et se haussoient par ressorts, ainsi qu'on vouloit ».
C'est là une invention typique du génie hermaphrodite
qui s'attache de préférence, parmi les sciences
mathématiques, à l'étude du mouvement. Du
mouvement terrestre, tout au moins, car les Hermaphrodites n'ont
que faire du ciel dont ils se moquent. Rien d'étonnant
du reste si leurs chaises se déforment à plaisir :
dans leur démarche même, les Hermaphrodites sont
aussi instables que leur île. […] Cette instabilité
n'est pas seulement un effet de la contagion insulaire. Les Hermaphrodites
l'ont érigée en art de vivre. Ils ont fait du mouvement
leur culture. L'Hermaphrodite qui dissumule son irréligion
derrière un masque d'élégance et de politesse,
ne saurait marcher droit comme tout un chacun : il affecte
la saccade, le branle, l'exagération des gestes. Au risque
du déséquilibre et de la chute.
« Le
Livre des îles », Genève :
Droz, 2002 (pp. 305-306)
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COMPLÉMENT
BIBLIOGRAPHIQUE
- « Les Hermaphrodites »,
s.l. : s.n., [1605]
- « Description de
l'île des Hermaphrodites, nouvellement découverte,
contenant les moeurs, les coutumes et les ordonnances des habitans
de cette île, comme aussi le discours de Jacophile à
Limne, avec quelques autres pièces curieuses »
[pour servir de supplément au « Journal de
Henri III], Cologne : chez les héritiers de
H. Demen, 1724
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| mise-à-jour : 10 août 2005 |
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