La Nouvelle Atlantide
/ sir Francis Bacon ; nouvelle traduction suivie de Voyage
dans la pensée baroque, par Michèle Le Dœuff
et Margaret Llasera. - Paris : Payot, 1983. - 222 p. ;
23 cm. - (Bibliothèque scientifique).
ISBN 2-228-13080-X
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BENSALEM ET LA
GÉOGRAPHIE AU DÉBUT DU XVIIe SIÈCLE
Il faut chercher Bensalem
en plein Pacifique, entre le Pérou et le continent asiatique,
de part ou d'autre d'une route maritime peu différente,
semble-t-il, de celle que suivaient les fameux galions de
Manille … Mais Bacon s'emploie vite à brouiller
les cartes ; l'expédition subit des vents contraires,
puis des vents violents, qui la jettent au nord, dans une zone
encore inexplorée où elle trouve fortuitement,
et in extremis, le salut sur une île « cachée
dans une enclave secrète au cœur d'un si vaste océan ».
BENSALEM ET LE
MONDE EXTÉRIEUR
L'histoire de Bensalem connait
deux grandes périodes quant à l'organisation
de ses relations avec le reste du monde. Depuis le règne
du sage roi Solamona, mille neuf cents ans environ avant la narration
transcrite par Bacon, l'île vit en intégrale autarcie.
La règle ne souffre
qu'une exception ; tous les douze ans, deux vaisseaux embarquent
quelques dignitaires chargés d'enquêter sur « les
affaires et l'état des pays où on les envoyait,
et notamment [sur] tout ce qui pouvait concerner les sciences,
les arts, les techniques et les inventions du monde entier ».
Les naufragés et les navigateurs
égarés son accueillis fraternellement par les
habitants de Bensalem ; ils peuvent alors rester définitivement
sur l'île, ou reprendre la mer dès qu'ils le souhaitent :
« ce que ces quelques personnes ont éventuellement
raconté à l'étranger, je l'ignore.
Peu importe d'ailleurs : vous imaginez bien que cela a forcément
été pris, là où elles abordèrent,
pour un rêve ».
La Nouvelle Atlantide est une
utopie pacifique, où l'éventualité même
d'un conflit n'est pas envisagée ; à
peine note-t-on que la couronne de Bensalem impose ses lois aux
ressortissants de quelques petites îles proches avec lesquelles
elle commerce.
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NOTE DE L'ÉDITEUR : La Nouvelle Atlantide : le rêve
d'une société par et pour la science 1 ; le
premier tracé — utopique — de ce qui se nommera
plus tard l'Etat-Providence ; une île des Mers du
Sud où se combinent des souvenirs de l'Ancien Testament
et la projection d'une épistémologie neuve que
Bacon cherchait à promouvoir ; une doctrine ambiguë
quant à l'intégration des Juifs, à une époque
où la Couronne anglaise débat justement de la question ;
une description de parcs zoologique qui semble inaugurer la science-fiction ;
et de bien curieuses maternités masculines ...
Pour évaluer les diverses
données politico-imaginaires ou éthico-scientifiques
de cette Atlantide inachevée, les traductrices, Michèle
Le Dœuff et Margaret Llasera, ont entrepris une enquête
qui passe par des récits de voyageurs anglais de l'époque,
par les poètes, par ces artisans et ces chercheurs de
la Renaissance qui s'appellent Bernard Palissy ou Vésale.
Et par une relecture de l'œuvre théorique de Bacon. Leur
Voyage dans la pensée baroque révèle
l'existence, dans le dix-septième siècle, d'une
philosophie mal connue, que le cartésianisme a sans doute
occultée. Une philosophie qui récuse l'idée
d'un Sujet de la connaissance, au profit de dispositifs codifiés
et collectifs de recherche ; qui rejette aussi l'idée
de volonté libre et lui substitue, dans le domaine de
la morale, des « géorgiques de l'âme »
qui seraient l'(agri)culture d'une subjectivité sans sujet.
- « Quelque chose
comme le Musée d'Alexandrie ou un CNRS idéal »
hasarde Pierre Vidal-Naquet dans « L'Atlantide : petite
histoire d'un mythe platonicien », Paris : Seuil
(Point-essais, 566), 2007 (p. 73).
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COMPLÉMENT
BIBLIOGRAPHIQUE
- « New Atlantis, a
work unfinished » appended to Sylva sylvarum,
or a Natural Historie ed. by Willliam Rawley,
Londres : J. H. [John Haviland], for William Lee, 1627
- « La
Nouvelle Atlantide » traduite en François et
continuée (…) par M. R., Paris : chez Jean
Musier, 1702
- « La Nouvelle Atlantide » trad. de l'anglais par Gonzague de Marliave, in Gonzague de Marliave, Les secrets de Francis Bacon, Croissy-Beaubourg : Dervy-livres, 1991
- « La Nouvelle Atlantide »
trad. de l'anglais par Michèle Le Dœuff et Margaret Llasera,
introduction et notes par Michèle Le Dœuff, Paris :
Flammarion (GF, 770), 1995
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| mise-à-jour : 28 octobre 2008 |

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