Tahiti-1768 :
Jeunes filles en pleurs, la face cachée des premiers contacts
et la naissance du mythe occidental / Serge Tcherkézoff.
- Papeete : Au Vent des îles, 2004. - 536 p. ;
23 cm. - (Culture océanienne).
ISBN 2-909790-29-0
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NOTE DE L'ÉDITEUR : Ce livre restitue ce qui s'est
réellement passé sur les rivages de Tahiti. Il
reprend aussi tout le dossier des interprétations concernant
les postures et la « nudité » dans
la danse polynésienne, ainsi que le malentendu occidental
sur la place de la « sexualité »
dans la culture. Mais comment a-t-on pu se tromper à ce
point ?
Avec la « découverte »
de Tahiti (1767-69), les récits des voyageurs inventèrent
une société où les jeunes femmes auraient
eu pour règle de pratiquer « l'amour libre »
et même de le faire « en public ».
Le discours fut un point de vue masculin centré sur l'Europe,
dissertant sur les variétés humaines et les couleurs
de peau, mais aussi sur la supposée nature universelle
des femmes. La vie publique, chez les aristocrates et chez les
imprimeurs de Paris et de Londres, fut une course au sensationnel,
à coup de rumeurs et de publications fantaisistes. Surtout
la réécriture du journal de bord en un récit
officiel « offert au roi » a tout brouillé.
En retournant aux journaux de bord, on entrevoit la face demeurée
cachée de ce que furent les premiers contacts entre les
Tahitiens et les Européens. Les « femmes »
qui vinrent au devant des visiteurs étaient de très
jeunes filles ; loin de sourire, elles tremblaient de peur,
puis jouaient en pleurant un rôle imposé par les
adultes. L' « amour » n'avait rien
à faire dans ces scènes. Et les danses présentées
n'avaient rien d'érotique. Les récits européens
n'ont pas seulement exagéré, ils ont tout déformé.
Depuis deux siècles, la vision européenne de la
Polynésie « traditionnelle » repose
sur une immense méprise. Serge Tcherkézoff est directeur d'études à
l'EHESS (Paris, Marseille), professeur-adjoint d'anthropologie
à l'Université de Canterbury, Nouvelle-Zélande
et directeur du Centre français de recherche et de documentation
sur l'Océanie (CNRS/EHESS/U. de Provence).
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AGENCE
TAHITI PRESSE :
Serge Tcherkézoff a présenté, mercredi,
son livre « Tahiti 1768, jeunes filles en pleurs ».
Cet ouvrage met à mal le mythe de l'amour libre en Polynésie
à l'époque des premiers contacts avec les occidentaux.
Selon Serge Tcherkézoff,
les récits des premiers découvreurs ont inventé
une société où les jeunes vahine
auraient eu pour règle de pratiquer l'amour libre allant
même jusqu'à le pratiquer en public.
D'après l'auteur, si l'on
s'en tient à la lecture des journaux de bord originaux
des capitaines de navires (NDLR : beaucoup ont pu être
réécrits avant d'être présenté
aux rois), on devine ce qu'ont été vraiment les
premiers contacts entre les Tahitiens et les Européens.
Les vahine venant au devant des visiteurs étaient
en fait de très jeunes filles qui, loin de sourire, tremblaient
de peur. Elles étaient envoyées par les adultes
qui pensaient ainsi, récupérer un peu de mana
(pouvoir), auprès de ces puissants visiteurs.
L'origine du malentendu
Le malentendu, selon l'auteur, proviendrait du fait que Wallis
— qui a découvert Tahiti en 1767 — lors de son
séjour a fait donner du canon contre les pirogues tahitiennes
et, cela, Bougainville arrivé un an plus tard, l'ignorait.
Lorsque les Tahitiens ont offert des jeunes filles à celui-ci,
c'était sûrement par crainte, mais aussi dans l'espoir
secret que de ces accouplements naîtrait une progéniture
ayant acquis le pouvoir de ces étranges visiteurs. Bougainville
crut y voir une manifestation de l'amour libre, tels que les
Tahitiens devaient le pratiquer : « Chaque jour
nos gens se promenaient dans le pays, on les invitait à
entrer dans les maisons et on leur offrait des jeunes filles ».
Une immense méprise
Hawkesworth, à qui on avait confié la réécriture
des carnets de bord de Wallis et de Cook, avait ainsi lu la traduction
anglaise du voyage de Bougainville sortie un an auparavant en
Angleterre. Influencé, il a, consciemment ou non, remodelé
les récits de Wallis et Cook afin de les faire coller
aux descriptions de Bougainville, ce qui a fait dire à
Voltaire : « Si Anglais et Français, qui
sont toujours en désaccord, s'accordent entre eux sur
un point, c'est que cela ne peut être que la vérité ».
Serge Tcherkézoff, tout
au long de son livre, démontre que les récits européens
n'ont pas seulement exagéré. Selon lui, ils ont
tout déformé et, depuis deux siècles, la
vision européenne de la Polynésie traditionnelle
en ce qui concerne la liberté sexuelle repose sur une
immense méprise.
PB
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COMPLÉMENT
BIBLIOGRAPHIQUE
- Serge Tcherkézoff et Françoise Douaire-Marsaudon (éd.), « Le Pacifique-sud aujourd'hui : identités et transformations culturelles », Paris : CNRS (Ethnologie), 1997
- Serge
Tcherkézoff, « Le mythe occidental de la
sexualité polynésienne : Margaret Mead, Derek
Freeman et Samoa, 1928-1999 », Paris : Presses
Universitaires de France, 2001
- Serge
Tcherkézoff, « Faa-Samoa, une identité
polynésienne : économie, politique,
sexualité : l'anthropologie comme dialogue
culturel », Paris : L'Harmattan, 2003
- Serge
Tcherkézoff, « Polynésie /
Mélanésie : l'invention des " races " et
des régions de l'Océanie (XVIe-XXe
siècles) », Papeete : Au Vent des îles (Culture océanienne), 2009
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| mise-à-jour : 25 août 2009 |

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