NOTE DE L'ÉDITEUR : … La femme en essence reste
femme sur tous les continents. Mais chez nous, à Valparaiso,
il en existe une autre race. Une race qui fait l'éloge
de la différence. Prenez la belle Anacaona ! Oh !
Cette femme à odeur d'abricots et de citronelle. Cette
femme des grandes forêts quisqueyennes peuplées
de perroquets. Cette vaillante femme ! Elle a une gorge
de tourterelle, une démarche de mer houleuse qui fait
baver les hommes. Les Castillans de la grande Eglise des Papes
rampaient à ses pieds comme des reptiles. Mais un soir,
à coup de ruses, ils ont souillé et violé
son beau corps. Ce fut horrible ! Fort heureusement son
esprit demeure et vit toujours dans les chants guerriers de nos
bardes. Il y avait aussi Anaïse ! Cette vaillante Négresse
des bahayondes porteuse de pluie, de rosée dans un pays
calciné, livré aux vents et aux humeurs des dieux.
Il y en avait tant d'autres encore : Catherine Flon, Claire
Heureuse, Défilée, Marie-Jeanne, Yaya, Siltana
porteuses et pourvoyeuses du sel de la vie dans un pays politiquement
zombifié …
Et il y a Eurydice, la belle …
Originaire du nord-ouest d'Haïti,
Cauvin L. Paul a l'âge de cette génération
perdue qui, frappée d'ostracisme par le régime
autocrate des Duvalier, dut s'exiler.
Co-fondateur du journal Haïti-Progrès
et de la revue Lakansyèl, Cauvin L. Paul vit actuellement
à New York. Détenteur d'un doctorat ès Lettres,
avocat et psychopédagogue, il enseigne le français
et les littératures française et haïtienne
à York College (City University of New York).