Aux jardins des mers
/ André Gain ; nlle éd. établie par
Daniel Margueron. - Papeete : Éd. Otaha, 2002. -
227 p. : ill. ; 24 cm.
ISBN 2-9519359-0-0
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Paru en 1942, distingué
en son temps par l'Académie française, « Aux
jardins des mers » est le récit fragmenté
d'un séjour de sept mois (du 26 septembre 1936 au 29 avril
1937) en Polynésie française, de Tahiti, Huahine
et Bora Bora, aux Tuamotu, à Mangareva et à
Rurutu. Un compte-rendu paru dans la presse de l'époque
note : « Ce n'est pas du Loti, ce n'est pas du
Gauguin. C'est son style à lui, ses visions à lui ...
une musique bien à lui ».
En rééditant ce
recueil, Daniel Margueron a eu l'heureuse idée de mener
une véritable enquête sur l'auteur, de reconstituer
son parcours, l'enrichissant d'une multitude de points de vue
souvent éclairants, celui de Maurice Leenhardt par exemple,
ou encore celui de Jean Rouch, cousin d'André Gain (1907-1940).
Daniel Margueron s'est également soucié du destin
de certains des insulaires qui ont croisé la route de
l'auteur — c'est l'occasion d'un portrait approfondi
de l'attachante Sophie Avae, native de Rurutu.
Enfin, cette nouvelle édition
bénéficie d'une abondante iconographie : André
Gain ne se séparait jamais de son Leica et avait rapporté
de son périple plus d'un millier de photographies ;
le choix proposé par l'éditeur sonne comme un contrepoint
qui souligne ou éclaire les intentions de l'auteur.
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| EXTRAIT |
L'heure Gauguin précède
celle des tupapaus. C'est l'heure où le soleil
s'écrase dans la mer, ou pénètre dans les
forêts des montagnes. La lueur blanche de midi fait place
à des radiations étranges. Les troncs infinis des
cocotiers s'imprègnent de tons orange. Les béquilles
sans couleur des pandanus jettent des reflets d'or. L'herbe des
cocoteraies devient un tapis mauve. C'est le moment où
les indigènes ont tous revêtu le pareo pour aller
se baigner en groupe dans les cascades. Dans la brousse, les
odeurs redoublent de violence. Les fruits sur les arbres, les
fleurs qui s'ouvrent au lieu de se refermer, luisent aux reflets
du soleil mourant comme des trésors défendus. Une
espèce de douceur sauvage emplit l'air. Les mangues dorées,
à peine rougissantes, sont comme des morceaux de chair
prêts à être engloutis. Les flamboyants sont
autant de taches de sang qui seraient devenues des arbres. Les
hibiscus écarlates sont comme des bouches par où
s'exhale l'haleine intense des végétaux. Des couples
de tahitiennes accroupies comme dans la toile fameuse (Nafea
Faa Ipoipo, quand te marries-tu ?) se font, sans sourciller,
d'étonnantes confidences amoureuses. Des hommes, revenant
des champs de taro, passent sur des chevaux blancs, que le coucher
du soleil empourpre. À la cascade, l'eau de la chute est
devenue rose. Celle du bassin inférieur, où les
femmes, cheveux dénoués, offrent leur poitrine
nue, est indigo, presque noire, traversée des lueurs orange
du couchant. Au bord du lagon, d'autres indigènes, seuls
auprès de l'eau, au milieu des crabes qui bruissent, disent
en silence à l'océan leurs peines et leurs joies.
Des jeunes femmes cueillent des fleurs de tiaré pour s'en
faire des couronnes à la danse du soir. Des vieilles développent
précieusement quelques poissons cuits au four dans des
feuilles de bananier.
Le moindre son, le moindre visage,
le moindre objet, le moindre geste participent au miracle de
ce crépuscule quotidien ; mais la nuit se glisse
à travers les couleurs pour y jeter sa cendre. Tous les
verts tournent au noir d'encre et, face au couchant vermeil,
l'île n'est bientôt plus qu'un grand rocher noir
où s'agitent des ombres. Dans les yeux des vahinés
s'allume la peur insensée du soir qui vient, et des esprits
qui s'éveillent à la pénombre. Dans chaque
case, une lampe est soigneusement allumée pour toute la
durée de la nuit. L'heure Gauguin n'est plus. Le tupapau
veille.
L'heure Gauguin, pp. 30-32
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COMPLÉMENT
BIBLIOGRAPHIQUE
- « Aux jardins des
mers », Paris : Boivin et Cie, 1942
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| mise-à-jour : 21 juin 2006 |

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