Ernest Pépin

Le tango de la haine

Gallimard

Paris, 1999

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bannzil kréyòl
Guadeloupe

parutions 1999

1ère édition du Prix du Livre Insulaire (Ouessant 1999)
ouvrage en compétition
Le tango de la haine / Ernest Pépin. - Paris : Gallimard, 1999. - 237 p. ; 21 cm.
ISBN 2-07-075511-8

La violence du texte surprend ; elle est au cœur des préoccupations d'Ernest Pépin, mais sa portée est, pour une part, métaphorique. Parlant de sa poésie 1, dans un entretien accordé à Catherine Le Pelletier, pour son émission « Encre Noire » sur RFO, Ernest Pépin a caractérisé les termes de sa dialectique amoureuse :

« Très souvent, j'exprime la difficulté de l'amour ou le désamour. Et je postule que hommes et femmes créoles ne sont que deux blessures qui doivent s'accepter comme telles, pour pouvoir justement construire un monde de lumière. Je crois qu'il s'agit de quelque chose de très important de façon universelle, mais dont on a encore plus besoin chez nous, où notre histoire est celle d'une violence refoulée d'une certaine façon qui nous rend un peu agressifs les uns vis à vis des autres. Nous avons donc besoin de prendre conscience que nous appartenons à la même terre, à la même géographie, à la même histoire et que nous devons créer cette forme de solidarité suprême qu'est l'Amour. »

in : « Encre Noire, la langue en liberté », entretiens avec Catherine Le Pelletier, Ibis Rouge, 1998


  1. Cf. « Babil du songer », Petit-Bourg (Guadeloupe) : Ibis Rouge, 1997.

NOTE DE L'ÉDITEUR : « Le tango est une pensée triste qui se danse », a dit Borges.

Ce « tango » de la haine est le récit d'une danse infernale, celle de la séparation douloureuse d'un couple, Abel et Nika, qui ont vécu vingt ans ensemble. Lorsque Abel, le mari, reprend sa liberté et refait sa vie, Nika se mue en tigresse …

Le roman se confond alors avec la rage qui l'anime, il cède au déferlement lyrique, incantatoire et luxurieux sur le tempo nerveux du créole.

EXTRAIT

Tout en faisant des concessions, car j'ai toujours eu horreur de dominer autrui, j'étais resté sur le radeau des temps d'avant. Celui des géreurs d'habitation, des grossistes du bord de mer, des femmes à petites boutiques et des chopines de rhum qui laissaient place à la mécanisation de la coupe de la canne, aux zones industrielles ancrées dans les terres qui bordaient l'en-ville, aux libres-services et au rhum mis en bouteille par des multinationales. Nika voulait sortir de ce temps-là même si elle lui reconnaissait des saveurs de terroir. Nous incarnions deux imaginaires du pays qui étaient condamnés à se télescoper en nous chiquetaillant tous les deux. J'avais choisi le camp d'une identité immuable parce que je ne connaissais que celui-là. Elle s'était jetée en dehors du cercle des ancêtres parce que c'était son intérêt. Pourtant sa haine de sangsue n'avait rien des manières d'aujourd'hui où des ex, casés par des familles recomposées, se croisaient tous les jours avec une sorte de légèreté de plumes dansant dans le vent.

p. 212

COMPLÉMENT BIBLIOGRAPHIQUE
  • « Au verso du silence », Paris : L'Harmattan, 1984
  • « Salve et salive », Paris : Silex, 1986
  • « Boucan de mots libres », La Havane : Casa de las Americas, 1990 ; Nancy : ASPECT, 2005
  • « L'homme au bâton », Paris : Gallimard, 1992 ; Gallimard (Folio, 2926), 1997
  • « La revanche d'Octavie » in : Ralph Ludwig (éd.), Écrire la « parole de nuit » : la nouvelle littérature antillaise, Paris : Gallimard (Folio-essais, 239), 1994
  • « Coulée d'or », Paris : Gallimard (Page blanche), 1995 ; Gallimard (Folio junior, 1345), 2004
  • « Tambour Babel », Paris : Gallimard, 1996
  • « Babil du songer », Petit-Bourg (Guadeloupe) : Ibis rouge, 1997
  • « L'écran rouge », Paris : Gallimard, 1998
  • « J'habite un déboulé de verdure » in : Bernard Magnier (éd.), A peine plus qu'un cyclone aux Antilles, Cognac : Le Temps qu'il fait, 1998
  • « Africa-solo », Ivry-sur-Seine : A3, 2001
  • « Lettre ouverte à la jeunesse », Pointe-à-Pitre : Jasor, 2001
  • « Cantique des tourterelles », Paris : Ecriture, 2004
  • « L'envers du décor », Paris : Le Serpent à plumes, 2006
  • « Dit de la roche gravée », Montréal : Mémoire d'encrier, 2008
  • « Jardin de nuit », Paris : L'Harmattan, 2008
  • « Le goût de la Guadeloupe » textes choisis et présentés par Ernest Pépin, Paris : Le Mercure de France (Le petit Mercure), 2008
  • « Toxic island », Fort-de-France : Desnel, 2010
  • « Le soleil pleurait », La Roque d'Anthéron : Vents d'ailleurs, 2011
Sur le site « île en île » : dossier Ernest Pépin

mise-à-jour : 3 avril 2011

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