EDOUARD J. MAUNICK : […]
Esther NIRINA avoue : J'ai
choisi la mémoire folle, celle humide — l'image perdure
à longueur de sa poésie — de l'écoulement
du sang, de la pluie fine d'autrefois, de l'haleine fraîche
d'un matin mouillé, de l'eau qui coule toujours vers la
mer promise, de la pluie précédant la vie, de l'odeur
de la terre mouillée, du mouvement des eaux, des vagues
/ Qui parlent / Le langage de la mer, de la route du puits, du
galop du sang … A relire Rien que lune on trouverait
d'autres claires associations avec cette humidité primordiale
du ventre et de l'océan. Et c'est partout signe de fertilité :
Quand j'invoque moi
L'Imerina
simple jeu de nombril
C'est une île
Toute entière
Qui s'anime
Le sang, le feu et même
la mort sont parmi les autres forces de cette poésie pourtant
jamais cruelle. Jamais funèbre. Et pourtant, quand on connaît
la présence de la mort dans l'ordinaire malgache,
on serait tenté par le tragique. Esther NIRINA, elle,
quand elle ne chante pas l'histoire simple d'une blessure absolue,
se met à nommer la lumière, et c'est déjà
une musique.
[…]
Envers elle, et en heureuse et
close concordance avec la mer Indienne qui nous irrigue des mêmes
courants et des mêmes tempêtes, je suis prêt
à doubler ma dette. Et la vôtre, assurément,
car chaque poète qui, à l'instar d'Esther NIRINA,
nous ouvre un peu plus à nous-mêmes et aux
autres, efface un peu de l'obscur qui menace le matin du prochain
Millénaire …
Liminaris, pp. 15-17