| EXTRAIT |
Tonalité. La cabine téléphonique De laquelle parfois on s'adresse aux siens Combien si souvent source de panique Pour celui qui appelle et ne comprend pas bien.
Ali, dans son exil de dix-huit ans déjà, Femme, enfants, famille, appelle si souvent Qu'à part le mois par an qu'il va passer là-bas Il ne vit avec eux qu'en leur téléphonant.
Ainsi la jalousie, la fièvre d'un enfant, Les tracas quotidiens, un mandat attendu, Les notes à l'école, des parents vieillissants, Des rires quelque fois, des pleurs non retenus
Font que le combiné une fois raccroché Dans l'univers vitré, au milieu de la rue, Pour Ali le moment manque un peu de gaieté ; Il le serait à moins, il ne les entend plus.
Prenant encore sa carte exsangue d'unités Il pousse alors la porte, une main à son front ; La tête encore là-bas, son pas ici pressé,
Il rejoint son chez lui sans que ça tourne rond. Et si vous le croisez … comment ça va Ali ? Dès la question posée, le voilà tout souriant En apparence du moins et tout de suite il dit : Ça va, Monsieur, ça va, comme il va chancelant.
Monsieur Ali, pp. 74-75 |