Comment faire l'amour
avec un nègre sans se fatiguer / Dany Laferrière.
- Paris : Le Serpent à plumes, 1999. - 166 p. ;
17 cm. - (Motifs, 89).
ISBN 2-84261-146-2
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Dany
Laferrière
a participé au 6ème Salon du Livre Insulaire (Ouessant, 19-22 août 2004)
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NOTE DE L'ÉDITEUR : Premier livre de Dany Laferrière,
publié au Canada en 1985, « Comment faire l'amour
avec un nègre sans se fatiguer » se présente
comme la joyeuse description d'une vie de bohème à
la mode africo-canadienne. Deux jeunes Noirs oisifs partagent
un appartement dans un quartier pauvre de Montréal. L'un
d'entre eux, le narrateur, projette d'écrire un roman
et, pour s'occuper, connait diverses aventures féminines
en dissertant sur la hiérarchie Homme-Femme-Nègre,
pour se rembourser de l'esclavage en séduisant les jeunes
Blanches innocentes ou curieuses. Son compère, Bouba,
dort, dort, dort. Et philosophe en lisant et relisant le Coran,
sur des airs de jazz.
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DANY LAFERRIÈRE
: [Ce] premier livre était un acte de rupture. Je voulais savoir
si un Haïtien pouvait écrire un livre qui se passe hors
d'Haïti, un livre où le mot Haïti ne figure pas, n'est
pas prononcé. Un Haïtien tel que moi, qui avait
été journaliste à 18 ans, et plongé pendant
des années au cœur de la touffeur politique de ce pays.
Quelqu'un comme ça pouvait-il écrire un livre qui fasse
abstraction d'Haïti ? J'avais compris qu'il y avait ce pays
natal, gouverné par les Duvalier, que j'avais fui, mais qu'il y
avait aussi la petite chambre où je vivais désormais,
dans le quartier Latin de Montréal, et qui était
gouvernée par moi seul. Finalement, ce territoire très
étroit était la plus grande, la plus belle chose qui
pouvait m'arriver, le grand événement de ma vie. La
clé que j'avais dans ma poche était une chose nouvelle
pour moi, d'ailleurs. En Haïti, on n'a pas de clé, on n'en
a pas besoin, il y a toujours à la maison une mère ou une
grand-mère. A Montréal, tout à coup, j'avais une
clé, qui était la clé de ma vie. Avant
d'écrire, je m'étais posé la question :
qu'est-ce qui m'importe le plus en ce moment ? Duvalier ?
L'agitation politique en Haïti ? Eh bien non, ce qui
m'importait, c'était la petite clé. Et la machine
à écrire que j'avais achetée avec l'argent
gagné en travaillant à l'usine.
Extrait d'une interview recueillie par Nathalie Crom (Télérama, 8 juin 2011). — Lire l'intégralité de cette interview.
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MAXIMILIEN LAROCHE : On a beaucoup glosé sur les
connotations raciales de Comment faire l'amour avec un nègre
sans se fatiguer. Et l'auteur, le premier ! Ce qui appert,
à replacer ce récit dans une perspective haïtienne,
c'est la paradoxale association d'une résistance et d'une
soumission à la fatalité. Venger la race, certes !
Mais tel qu'on me le permet.
« Mythologie
haïtienne », Ste Foy (Québec) :
Presses de l'université Laval (GRELCA), 2002 (p. 116)
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| EXTRAIT |
Miz Littérature m'attend Aux Beaux Esprits, un bar
très sombre décoré de plantes exotiques. Des
rhododendrons (feuillage noir avec une torche rose), des
saxifragacées, des cactus, des agapanthes, des
zingibéracées, des cactacées. Un joyeux fouillis.
Il faut presque un coupe-coupe pour s'y frayer un chemin.
Je jette d'abord un coup d'œil. Le bar est presque
désert. Deux filles, plutôt excentriques, bavardent
à l'entrée en fumant des cigarettes égyptiennes. — Tu viens d'où ? me demande brutalement la fille qui accompagne Miz Littérature.
À chaque fois qu'on me demande ce genre de question, comme
ça, sans prévenir, sans qu'il ait été
question, auparavant, du National Geographic, je
sens monter en moi un irrésistible désir de meurtre. Je
la regarde dans sa jupe en tweed assortie d'un corsage blanc en
tissu très fin. Il n'y a rien à faire, c'est une snob.
Miz Snob. — Tu viens de quel pays ? me redemande-t-elle. — Le jeudi soir, je viens de Madagascar. Le garçon arrive avec ses cheveux blonds et son visage botticellien. — Un xérès, fait Miz Snob. Un kir pour Miz Littérature. — Un screwdriver pour moi.
Lorsqu'on veut être traité avec un minimum
d'humanité, il faut éviter, dans ce genre de boîte,
de commander de la bière.
p. 114 |
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COMPLÉMENT
BIBLIOGRAPHIQUE
- « Comment faire l'amour
avec un nègre sans se fatiguer », Montréal :
VLB, 1985 ; Paris : Belfond, 1989 ; Paris :
J'ai lu, 1990
- « How
to make love to a negro without getting tired » translated
from french by David Homel, Toronto : The Coach house press,
1987 ; Vancouver : Douglas & McIntyre, 2010
- « Eroshima »,
Montréal : VLB, 1987, 1998
- « L'odeur
du café », Montréal : VLB,
1991 ; Paris : Le Serpent à plumes, 2001
- « Le goût des
jeunes filles », Montréal : VLB, 1992 ;
Paris : Grasset, 2005 ; Paris : Gallimard (Folio, 4566), 2007
- « Cette
grenade dans la main du jeune Nègre est-elle une arme
ou un fruit ? », Montréal : VLB,
1993 ; Paris : Le Serpent à plumes, 2002
- « Chronique de la
dérive douce », Montréal : VLB,
1994
- « Pays
sans chapeau », Outremont : Lanctôt,
1996 ; Paris : Le Serpent à plumes, 1999
- « La chair du maître »,
Outremont : Lanctôt, 1997 ; Paris : Le Serpent
à plumes, 2000
- « Le
charme des après-midi sans fin », Outremont :
Lanctôt, 1997 ; Paris : Le Serpent à plumes,
1999, 2005
- « Le
cri des oiseaux fous », Outremont : Lanctôt,
2000 ; Paris : Le Serpent à plumes, 2000
- « J'écris
comme je vis » entretien avec Bernard Magnier, Genouilleux :
La Passe du temps, 2000
- « Je suis fatigué »,
Outremont : Lanctôt, 2001
- « Comment
conquérir l'Amérique en une nuit »
(scénario), Outremont : Lanctôt, 2004
- « Les
années 80 dans ma vieille Ford », Montréal :
Mémoire d'encrier, 2005
- « Vers
le sud », Paris : Grasset, 2006
- « Je suis un écrivain japonais », Paris : Grasset, 2008
- « L'énigme du retour », Paris : Grasset, 2009
- « Une forêt de gens remarquables », in Haïti parmi les vivants, Arles : Actes Sud, Paris : Le Point, 2010
- « Tout bouge autour de moi », Montréal : Mémoire d'encrier (Chronique), 2010
- « Tout bouge autour de moi », Paris : Grasset, 2011
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| mise-à-jour : 28 novembre 2011 | 
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