NOTE DE L'ÉDITEUR : A Tahiti, 30 ans après les
marins de Cook et 10 ans après les mutins de la Bounty,
débarquent le 5 mars 1797 une poignée d'hommes
et de femmes envoyés par la London Missionary Society
pour apporter la Bonne Parole dans le Grand océan.
Le titre austère de cet
ouvrage annonce de fait un tournant dans l'histoire du Pacifique ;
désormais il sera impossible de continuer à écrire
une histoire simpliste du contact, réduite au images du
bon sauvage ou du missionnaire destructeur d'idoles. L'auteur
renouvelle notre perception de Tahiti et, prenant comme fil directeur
l'histoire de la traduction de la Bible en langue maohi, il nous
rappelle les bases de l'écriture des Ecritures.
Les nouvelles valeurs, l'écriture
que les missionnaires enseignent aux enfants de la tradition
orale, tout cela va bouleverser le moyen de penser et les modes
de la pensée : au coeur du changement démographique,
économique et social du royaume des Pomare nous assistons
à la naissance d'une tradition et d'un nouvel art de vivre.
La traduction complète
en 1838 de la Bible en tahitien est le signe de ce compromis
entre les enjeux de l'au-delà et les joies de l'ici-bas ;
la stratégie de l'écriture scelle la maîtrise
et le partage de concepts théologiques et métaphysiques
antipodaux.
La vivacité du style et
l'histoire de la fixation des caractères de l'écriture
maohi transforment la lecture en véritable
aventure intellectuelle et passionnelle ; elles nous invitent
à nous plonger dans l'inconscient de la pensée
occidentale et à assister à la genèse d'une
nouvelle pensée océanienne, à son fa'ati'a
qui ne se veut ni trahison de la Parole ni idolâtrie de
la Tradition ...