Mémoires
d'un corsaire élégant / Edward John Trelawny ; trad.
de l'anglais par Juan Florrán et André Fayot ;
présentation de Dominique Le Brun. - Paris : Omnibus, 2012.
- XXIX-890 p. ; 20 cm. ISBN 978-2-258-09332-4
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Edward John Trelawny (1792-1881) s'embarque dans la marine
britannique en 1805 ; il participe à la prise de
l'île Maurice en 1810, est blessé au large de Java
l'année suivante et met fin à ce premier et tumultueux
chapitre de ses aventures en 1812. Dix ans plus tard, il quitte
à nouveau l'Angleterre pour vivre sur le continent. Le hasard
lui permet d'entrer en relation avec Shelley, Byron et leurs proches
— au premier rang desquels Mary, la femme de Shelley et
Claire Clairmont 1,
demi-sœur de Mary — alors installés à
Pise. Les récits de ses navigations dans l'océan Indien
et son expérience de la mer séduisent ; sur ses
conseils, deux voiliers sont construits, le Don Juan pour Shelley, le Bolivar pour Byron.
Le 8 juillet 1822, Shelley meurt dans le naufrage du Don Juan.
Trelawny fait incinérer la dépouille de son ami sur la
plage de Viareggio : « Devant nous, c'était la
mer avec ses îles, Gorgona, Elbe et Capraïa ; tout au
long de la côte, de vieilles tours de guet
crénelées ; par derrière, miroitant au
soleil, les sommets de marbre des Apennins, si pittoresques avec leur
profils variés ; et pas une habitation en vue. Pensant au
plaisir que Shelley ressentait, de son vivant, devant ce genre de
décor sublime et désolé, je me dis que nous
n'étions qu'une horde de loups, une meute de chiens sauvages,
pour arracher son corps nu et meurtri au sable qui le couvrait si
légèrement … » (p. 751).
En
1823, Trelawny accompagne Byron qui a décidé de soutenir
le peuple grec en lutte pour sa liberté ; après une
escale aux îles Ioniennes (Céphalonie, Ithaque), ils
s'emploient à répondre aux attentes de l'insurrection
nationale, mais celle-ci n'est en réalité qu'un
« ensemble de guérillas menées par des
seigneurs de la guerre aux intérêts divergents [qui]
doivent en plus composer avec des hommes politiques déjà
corrompus avant d'avoir conquis le pouvoir » (Dominique Le
Brun, Préface, p. XVI).
Au retour d'une expédition mouvementée
— « embuscades, attaques, batailles à coup
de pierres, razzias » (p. 806) —, Trelawny
apprend que Byron vient de succomber, le 19 avril 1824, à un
accès de fièvre à Missolonghi, ville
« bâtie au bord du pire des marécages
(…) au milieu d'eaux stagnantes qu'on pourrait bien appeler la
ceinture de la mort » (p. 809). Trelawny reste au
côté des insurgés jusqu'aux lendemains de la
bataille de Navarin qui permet, en 1827, la fin de la guerre
d'indépendance ; en 1828, il rentre en Angleterre.
C'est
alors que prend corps l'idée d'un récit à forte
teneur autobiographique. Trelawny pense dans un premier temps à
son séjour méditerranéen aux côtés de
Shelley et Byron, mais pour Mary Shelley il est encore trop
tôt ; il entreprend donc de mettre en forme le récit
de ses aventures dans l'océan Indien. Adventures of a younger son, publié
en 1831, mêle étroitement souvenirs et fiction. Ce n'est
qu'en 1858, qu'il reviendra à son projet initial en proposant
aux lecteurs Recollections of the last days of Shelley and Byron,
une relation parfois décousue, un « brouillon que je
livre à l'imprimeur, tel qu'il est sorti de ma plume,
" dans le plus admirable désordre " » (Préface
de l'auteur, p. 667). Plus de trente ans sont passés depuis
les rencontres d'Italie et de Grèce, et la précision
comme la clarté du récit peuvent en avoir souffert, mais
l'essentiel demeure — l'enthousiasme, la vivacité et
le témoignage d'amitié.
- En écrivant Les papiers d'Aspern, Henry
James s'est inspiré des dernières années de Claire
Clairmont (morte à Florence en 1879) et des souvenirs qu'elle
avait conservés du temps passé avec Shelley et Byron dont
elle avait eu une fille, Allegra.
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| EXTRAITS |
SHELLEY
L'une des coutumes des natifs de la baie me rappelait les
naturels des îles des mers du Sud. Au crépuscule, la
population toute entière, hommes, femmes et enfants, se
retrouvait dans l'eau pour y jouer pendant des heures comme autant de
canards sauvages, et nous les imitions parfois car Shelley adorait
s'amuser. Sa femme prenait alors un air sévère, trouvant
que « ce n'était pas correct », et Shelley
protestait avec force contre le pouvoir tyrannique de ce terme :
« Chut ! Mary ! ces bois et ces rochers n'ont
jamais résonné de ce mot insidieux ; ne le leur
apprends pas. C'est l'un de ceux que mon compère le serpent a
chuchotés à l'oreille d'Eve et quand je l'entends, je
voudrais être loin, sur quelque île déserte, sans
autres habitants que les phoques, les oiseaux de mer et les
campagnols. » Puis, s'adressant à son ami, il
ajouta : « A Pise, Mary trouvait le veston incorrect
parce que les gens n'en portaient pas, et ici, il n'est pas correct de
se baigner sous prétexte que tout le monde se baigne. Que
faire ? »
pp. 776-777 | BYRON
Après le bain, nous nous rendions dans un bosquet
d'oliviers pour y manger notre frugal souper. Les Grecs qui avaient
fait la traversée avec nous, pensaient que leurs compatriotes
étaient dans l'ensemble, favorables à un gouvernement
monarchique, ce que confirmèrent ceux de l'île :
c'était, selon eux, le seul moyen de se débarrasser des
chefs de bandes qui tyrannisaient le pays et y perpétuaient
l'anarchie. Et puisqu'il leur fallait un étranger pour roi, ils
ne pourraient mieux faire que d'élire Byron. Le Poète
prit la proposition à la désinvolte :
« S'ils me le proposent, peut-être bien que je ne
refuserai pas. Je prendrai grand soin de mon petit domaine, et s'il
vient à n'être plus à mon goût, j'abdiquerai,
comme Sancho. » Byron fit, sur le ton de la plaisanterie,
plusieurs fois allusion à cet épisode qui resta
marqué dans son esprit. Eût-il vécu assez longtemps
pour assister au congrès de Salona en tant que commissaire au
prêt, lui qui avait apporté un million de couronnes
d'argent, il s'en serait vu proposer une en or ! »
pp. 796-797 |
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COMPLÉMENT
BIBLIOGRAPHIQUE
- « Recollections of the last days of Shelley and Byron », London : Edward Moxon, 1858
- « Les
derniers jours de Shelley et Byron : souvenirs » trad.
de l'anglais et présenté par André Fayot,
Paris : José Corti (Collection romantique, 51), 1995
- « Records of Shelley, Byron and the author », London : George Routledge and sons, 1878
- Giuseppe Tomasi di Lampedusa, « Byron », Paris : Allia, 1999
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| mise-à-jour : 12 juin 2012 |
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Shelley : lithographie d'après Alfred Clint
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