LE MONDE DES LIVRES, 12 octobre 2001 : Serait-il plus facile de mesurer les progrès
de la réflexion historique sur la Corse en considérant
le cadre naturel plutôt que l'aventure humaine qui s'y
inscrit ? On est tenté de le croire à lire
le beau travail éditorial qu'Alain Piazzola a mené
de concert avec l'Office national des forêts (ONF) et le
Parcu di Corsica. Fruit de l'étroite collaboration d'une
géographe et d'un historien, venus d'universités
voisines (Gênes et Corse), cet état des lieux et
des connaissances sur la forêt insulaire a la prudence
qui sied à la recherche ouverte et la clarté propre
à récuser les visions mythologiques dont la Corse
masque souvent l'inquisition historique.
Travaillant conjointement la
mémoire humaine (la tradition orale comme la cartographie,
les rapports techniques, actes notariés ou récits
de voyageurs) et l'information scientifique livrée par
la végétation forestière elle-même,
les auteurs interrogent une luxuriance, due à la nature
des sols et aux conditions de précipitations sur les reliefs,
qui tranche parmi les îles méditerranéennes.
Partant d'un constat descriptif,
l'ouvrage avance des hypothèses sur la végétation
primitive qui rendent pleinement à l'homme sa responsabilité
dans les transformations ultérieures.
[…]
Philippe-Jean Catinchi