Miquel Àngel Riera

L'île Flaubert, roman traduit du catalan par Denise Boyer et Núria Oliver

Fédérop

Gardonne, 2003

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Méditerranée
Baléares
îles désertes

parutions 2003

5ème édition du Prix du Livre Insulaire (Ouessant 2003)
Grand Prix des Îles du Ponant

Ce texte magnifique, traduit du catalan, a fait l'unanimité du jury tant par son écriture que par les résonances philosophiques dont il est porteur. Il s'agit, en effet, du rapport d'un homme et d'une île. D'un homme qui exerça longtemps le métier de professeur de littérature et qui en est venu peu à peu, inexorablement, à se détacher de ses semblables. Détachement tel, que le laissent indifférent le décès de sa mère et de proches parents, la maison familiale qu'il vend sans états d'âme, les femmes avec lesquelles il entretient un rapport de pure consommation.

Cet homme-là était mûr pour s'éprendre du deuxième personnage principal du roman, un îlot désert situé à quelques encablures d'un port où vivent des pêcheurs frustes pour lesquels le professeur est un individu étrange. Tout l'art de Miquel Ángel Riera consiste à faire vivre de l'intérieur la lente appropriation de l'île par ce dernier.

Il y a d'abord, comme dans une parade amoureuse, la lente approche des corps : celui de l'île d'abord, avec sa petite crique, sa caverne aux pigeons, les ruines d'une maison, son minuscule jardin ; celui de l'homme ensuite qui, au contact du minéral et du végétal, sentira la vie battre en lui et découvrira une dimension inédite du temps. On comprend ici que ce roman est une réflexion sur la mort et sur la difficulté qu'éprouve chacun d'entre nous à l'apprivoiser. Sur l'île, le temps s'étire, se dilate ; le rythme de la vie humaine finit par s'accorder à celui de la vie minérale et végétale jusqu'à ne faire plus qu'un.

Nous sommes aux antipodes d'un Robinson Crusoé pour qui l'île est un espace hostile qu'il s'efforce de domestiquer. Ce qui fascine le professeur dans l'île Flaubert, c'est que personne n'y est jamais mort, c'est que la mort ne l'a jamais souillée. C'est surtout qu'il peut y atteindre, par la maîtrise du temps, un stade quasi-extatique de l'existence. L'écriture très maîtrisée de Miquel Ángel Riera nous y conduit nous aussi, lecteurs, pour notre plus grand ravissement.

Raphaël Confiant, Président du Jury

L'île Flaubert / Miquel Àngel Riera ; traduit du catalan par Denise Boyer et Núria Oliver. - Gardonne : Fédérop, 2003. - 226 p. ; 20 cm.
ISBN 2-85792-144-6

MARIE-CLAIRE ZIMMERMANN : […]

Ce roman est d'abord une fiction qui mise sur l'invention contemporaine d'une utopique solitude. Certes, Miquel Àngel Riera (1930-1995) était majorquin et, vivant à Manacor, à l'intérieur des terres, non loin d'un port, Portocristo, il pouvait contempler au large de Majorque, bien des îles et des îlots que tout critique aura la tentation de désigner comme modèle de l'Île Flaubert. […] Illa Flaubert, cette île minuscule qui occupe une surface de deux cent trente pages, est selon moi, un lieu imaginaire complexe qui devient peu à peu la demeure rêvée d'un personnage de roman.

[…]

Cette île est […] d'abord une image distante, même si elle se trouve à portée du regard, et elle devient de plus en plus cet objet que l'on contemple et dont on peut rêver. Puis le personnage s'y rend, y fait des travaux, s'y installe, de manière définitive : « ja traslladat definitivament a l'illa », […] près [d'un] phare en ruines, avec uniquement quelques objets, tels que des pierres de couleur et des morceaux de bois. Le personnage a choisi cette île en guise d'abri contre la mort, parce que personne n'y est jamais décédé […]. Outre cette circonstance, l'île est aussi un espace nu, rocheux, où la végétation est extrêmement maigre sinon rare et c'est aussi cette image de dépouillement qui libère le personnage de toute angoisse devant la mort.

[…]

A la dernière page, l'île s'efface de l'horizon, et le narrateur dit alors que le ciel et la mer restent « la pura representació gràfica de l'infinit ». Après cette histoire demeurent donc une épure formelle, un horizon entre air et eau, c'est à dire les signes langagiers d'un monde qui se perpétue. […] Si l'île disparaît c'est parce qu'elle est devenue ce livre, attestant qu'elle est une forme inépuisable qui peut nourrir l'écriture littéraire, en réponse à une méditation universelle sur les œuvres de la mort.

« L'île : signes d'usure et de mort dans l'écriture romanesque de Miquel Àngel Riera : Illa Flaubert », in : Eliseo Trenc (ed.), Au bout du voyage, l'île : Mythe et réalité, pp. 157-175

EXTRAIT

Tout faisait penser que dans ce monde de l'île, le temps s'écoulait encore plus ralenti qu'au port. Parfois, il y semblait arrêté. Cette solidité, cette ferme volonté de demeurer au large, cette façon de demeurer immobile, jour après jour, sans autre mouvement que celui de l'animal remuant imperceptiblement la queue : tout invitait à penser qu'elle constituait une parcelle d'univers bien différente, que l'homme installé là-bas aurait pu se sentir libre de toute espèce de contraintes.

p. 83

COMPLÉMENT BIBLIOGRAPHIQUE
  • « Illa Flaubert », Barcelone : Destino (Ancora, 25), 1990
  • « Obra poètica completa (1953-1993) » a cura de Pere Rosselló Bover, Port de Pollença (Mallorca) : Salobre (Les Parques, 1), 2004
  • « Obra narrativa » a cura de Pere Rosselló Bover, Port de Pollença (Mallorca) : Salobre (Els Argonautes, 5), 2008

mise-à-jour : 15 mars 2013

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