Rachilde [Marguerite Eymery, fondatrice avec son mari Alfred Valette du Mercure de France]

La tour d'amour

Le Tout sur le tout

Paris, 1980

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Iroise
La Tour d'amour [Reprod. en fac-sim. de l'éd. G. Crès, 1916] / Rachilde. - Paris : Le Tout sur le tout, 1980. - 262 p. ; 19 cm.
ISBN 2-86522-001-X

RACHILDE VUE PAR RACHILDE : On a reproché à Mme Rachilde, lors de la publication de son roman La Tour d'Amour, le « romantisme » du vieux gardien de phare qui coupe la tête des belles noyées pour la garder longtemps, la voir souvent et l'embrasser. Lors de l'affaire de Muy, bien postérieure à la publication du volume, on a remarqué qu'Ardisson faisait exactement la même chose. Le Docteur Ritti, dans les Annales médico-psychologiques  de novembre-décembre 1901, le note dans les termes suivants : « Tout récemment, un romancier de talent, Rachilde, reprenait le même sujet. Il s'agit cette fois, d'un gardien de phare qui violait les cadavres que la tempête jetait sur son rocher solitaire. Fait curieux, le père Mathurin, — le héros de ce roman, — comme le nécrophile de Muy, avait coupé la tête d'une de ses victimes et la conservait dans un endroit retiré et presque inaccessible de son phare, où il grimpait pour la voir et l'embrasser. La fiction du romancier semble avoir prévu l'abominable réalité ».

Mercure de France (1903), cité en annexe à la réédition du roman en 1980

EMILE CONDROYER : La littérature […] ne se donne pas des gants pour interpréter la vie de ces gardiens de phare.

[…]

Pourquoi Mme Rachilde rattache-t-elle à la Marine une administration qui n'a jamais relevé jusqu'à ces derniers mois que des Travaux Publics ? Pourquoi donne-t-elle à une histoire extravagante de vieillard lubrique le décor du phare d'Ar-Men, seul de son espèce au monde, alors que chaque notation révèle qu'elle ne sait à peu près rien de sa construction, de son agencement, de la vie qu'on y mène ? Je le regrette d'autant plus que [c'est là un auteur] que j'aime.

« Des hommes dans la tempête » (1930), pp. 21-22

EXTRAIT

Par la lucarne de ma chambre de guette, une vitre ovale, très épaisse, garnie d'un filet d'acier, on apercevait la grande mer mouvante qui roulait à vous tourner l'estomac. On avait l'air en ballon, tous les points d'appui vous manquaient à la fois. On était suspendu sur le vide qui se creusait, se creusait comme pour mieux vous engloutir, et le sacré vertige montait, vous serrait la gorge, vous chavirait des pieds à la tête. On ne marchait pas, on tournait avec la mer, et, quand le vent soulevait l'eau à des hauteurs prodigieuses, il semblait soulever aussi le phare ; on le sentait vibrer du haut en bas, il se balançait, il saluait, il valsait … jamais navire en perdition n'avait exécuté de danse pareille. C'était la danse éternelle, le supplice de ceux qui ont trop voyagé à fond de cale. Maintenant on restait immobile, mais la cervelle s'embarquait, bondissait, se perdait à travers des espaces inconnus … la course à la folie …

p. 79

COMPLÉMENT BIBLIOGRAPHIQUE
  • « La Tour d'amour », Paris : Mercure de France, 1899
  • « La Tour d'amour », Paris : Georges Crès, 1916
  • « La Tour d'amour », Paris : Flammarion, 1930
  • « La Tour d'amour », Paris : J. Ferenczi, 1942
  • « La Tour d'amour » préface d'Edith Silve, Paris : Mercure de France, 1994

mise-à-jour : 23 juillet 2005

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