Jean Epstein

L'or des mers

La Digitale

Baye, 1995

bibliothèque insulaire
   
Iroise
L'or des mers / Jean Epstein ; postface de Jean-Pierre Gestin. - Baye : La Digitale, 1995. - 157 p. ; 22 cm.
ISBN 2-903383-46-4

CORINNE BENAND : J. Epstein est reconnu comme le premier cinéaste avec Flaherty, à avoir adopté une démarche dite ethnographique, et ses écrits sur son approche cinématographique dans les îles bretonnes constituent des archives précieuses pour une interrogation sur l'insularité. 

« L'étude de la production audiovisuelle consacrée aux îles peut-elle constituer une approche de l'insularité ? Le cas de l'île de Sein », in : Territoires et sociétés insulaires, Actes du colloque organisé à Brest et Ouessant du 15 au 17 novembre 1989, Brest : Université de Bretagne Occidentale, 1991

FRANÇOISE PÉRON : Jean Epstein (1897-1959) consacra la dernière partie de sa vie et de son activité cinématographique à la Bretagne, et plus particulièrement à ses îles. Il avait fait le choix de ne tourner qu'avec la population locale — ce qui fut le cas à Sein et à Ouessant [L'or des mers] —, si bien que le vécu concret des habitants y est rendu avec la force de ce qui est authentique. Les fondements de la pratique d'Epstein peuvent être résumés par l'une de ses phrases : « Pourquoi reconstruire les personnages quand on ne reconstruit pas la mer ? »

« Des îles et des hommes », n. 30, p. 271

VINCENT GUIGUENO : Le travail d'écriture d'Epstein n'a pas pour seule ambition littéraire de rendre compte d'une difficile aventure maritime et cinématographique, mais d'une réflexion sur l'art cinématographique. En juin 1923, Epstein était parti filmer une éruption de l'Etna en Sicile. Il en avait ramené un film aujourd'hui perdu, La Montagne infidèle, et un texte, Le Cinématographe vu de l'Etna, dans lequel les expériences du cinéaste-voyageur — l'ascension du volcan, la descente d'un escalier en spirale — sont autant de point d'ancrage pour une théorie du cinéma qui bouscule la perception classique du temps et de l'espace.

À bien des égards, les écrits ouessantins d'Epstein s'inspirent de cette démarche. Usant volontiers de métaphores magiciennes, Epstein fait des îles le lieu de dévoilement de la puissance de l'écriture cinématographique. Le réalisateur met en scène non seulement son film, mais également son statut de cinéaste du bout du monde. L'utopie cinématographique qu'il construit ne connaît pas de frontière entre ce qu'il veut montrer et la manière dont il le filme : aux sociétés insulaires dont il cherche à comprendre le mystère correspond la communauté d'hommes de mer et de cinéma en quête d'un film idéal. Le projet d'Epstein n'était sans doute pas de faire des films sur les îles et leurs habitants. Écrire et filmer participent d'une même utopie : l'île, grâce à ses ressources naturelles et humaines, est la médiatrice entre théorie et pratique du cinéma.

« Jean Epstein, cinéaste des îles », p. 42

COMPLÉMENT BIBLIOGRAPHIQUE
  • « L'or des mers », Paris : Librairie Valois, 1932
  • « Ecrits sur le cinéma : 1921-1953 », Paris : Seghers, 1974
  • « Les recteurs et la sirène », Baye : La Digitale, 1998

mise-à-jour : 25 avril 2012

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