Jean Price-Mars

Ainsi parla l'Oncle

Imprimeur II

Port-au-Prince, 1998

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édité en Haïti
parutions 1998
Ainsi parla l'Oncle (Essais d'ethnographie) / Jean Price-Mars ; introduction de Roger Gaillard. - Port-au-Prince : Imprimeur II, 1998. - XXVIII-224 p. : ill. ; 23 cm.

PATRICK CHAMOISEAU et RAPHAËL CONFIANT : […] Haïti, malgré l'indépendance, n'a pu développer immédiatement à l'écrit sa langue vernaculaire, alors que dans les territoires comme la Martinique, la Guadeloupe ou la Guyane, de toute éternité sous obédience française, on trouve des textes en créole dès le milieu du XIXe siècle. Toujours est-il que c'est contre ce tropisme français, ce « bovarysme collectif » haïtien, selon sa propre expression, que s'insurgera en 1928 Jean Price-Mars (1876-1969) dans Ainsi parla l'Oncle. Cet ouvrage est annonciateur d'une nouvelle tracée des lettres créoles. Price-Mars demandera aux écrivains de se pencher sur la culture populaire, les contes créoles et le vaudou, tout en émettant quelques doutes, il est vrai, sur la capacité du créole à devenir une langue de plein exercice. Pour lui Haïti ne saurait demeurer une variante exotique de la France : la littérature haïtienne, inscrite en plein cœur d'Haïti, se doit de devenir majeure.

« Lettres créoles : tracées antillaises et continentales de la littérature, 1635-1975 », p. 88

MAXIMILIEN LAROCHE : On peut faire remonter à Ainsi parla l'oncle (1928) le début de l'appropriation de l'imaginaire populaire par les écrivains haïtiens. C'est le docteur Price-Mars en effet qui mit le vodoun à la mode, d'abord en le présentant comme une religion à part entière et ensuite en recommandant aux écrivains d'aller puiser leur inspiration dans le trésor de légendes, de contes et de croyances alimenté par l'imagination populaire. Et cela, ne l'oublions pas, en faisant honte à l'élite haïtienne de se reconnaître plus volontiers esquimaude, samoyède ou toungouze que guinéenne ou soudanaise.

Il en résulta non seulement une réhabilitation de l'Afrique et du vodoun mais une utilisation systématique de la crise de possession vodouesque comme scène emblématique de la culture haïtienne.

« Imaginaire populaire et littérature : Le houngan, le zombi et le mécréant », Notre Librairie, n° 133, janvier-avril 1998

ANNE MARTY : Cet ouvrage analyse toutes les composantes de la réalité haïtienne sur les plans social, ethnique, anthropologique et philosophique (bourgeoise, européenne, rurale ou africaine). En conciliant des données, considérées jusque là comme contradictoires, il rassure tout le monde, y compris les élites. Par une démarche rationnelle et scientifique, il tente d'éradiquer la honte inhérente à la perception qu'à l'époque on peut avoir du monde rural et africain. Et en cela sa démarche est très progressiste. Cette « irruption de l'imaginaire populaire dans l'espace politique » constitue une démarche identitaire qui s'exprime pour la première fois sur un mode aussi distancié. L'auteur fait preuve ainsi d'une grande sagesse sur le plan philosophique. Aussi a-t-il été considéré par tous comme un véritable maître.

« Haïti en littérature », p. 37

JEAN PRICE-MARS : Nous avons longtemps nourri l'ambition de relever aux yeux du peuple haïtien la valeur de son folk-lore. Toute la matière de ce livre n'est qu'une tentative d'intégrer la pensée populaire haïtienne dans la discipline de l'ethnographie traditionnelle.

[…]

Mais, nous dira-t-on, à quoi bon se donner tant de peine à propos de menus problèmes qui n'intéressent qu'une très infime minorité d'hommes, habitant une très infime partie de la surface terrestre ?

On a peut-être raison.

Nous nous permettrons d'objecter cependant que ni l'exiguité de notre territoire, ni la faiblesse numérique de notre peuple ne sont motifs suffisants pour que les problèmes qui mettent en cause le comportement d'un groupe d'hommes soient indifférents au reste de l'humanité. En outre, notre présence sur un point de cet archipel américain que nous avons « humanisé », la trouée que nous avons faite dans le processus des évènements historiques pour agripper notre place parmi les hommes, notre façon d'utiliser les lois de l'imitation pour essayer de nous faire une âme d'emprunt, la déviation pathologique que nous avons infligée au bovarysme des collectivités en nous concevant autres que nous ne sommes, l'incertitude tragique qu'une telle démarche imprime à notre évolution au moment où les impérialismes de tous ordres camouflent leurs convoitises sous des dehors de philantropie, tout cela donne un certain relief à l'existence de la communauté haïtienne et, devant que la nuit vienne, il n'est pas inutile de recueillir les faits de notre vie sociale, de fixer les gestes, les attitudes de notre peuple, de scruter leurs origines et de les situer dans la vie générale de l'homme sur la planète. Ils sont des témoins dont la déposition ne peut être négligeable pour juger la valeur d'une partie de l'espèce humaine.

Tel est, en dernière analyse, le sens de notre entreprise, et quelque soit l'accueil qu'on lui réserve, nous voulons qu'on sache que nous ne sommes pas dupes de son insuffisance et de sa précarité. — Pétionville, le 15 décembre 1927

Préface, pp. XXXVII-XXXIX

COMPLÉMENT BIBLIOGRAPHIQUE
  • « Ainsi parla l'Oncle : essais d'ethnographie haïtienne », Compiègne : Imprimerie de Compiègne, 1928
  • « Ainsi parla l'Oncle », New York : Parapsychology foundation, 1954
  • « Ainsi parla l'Oncle », Montréal : Leméac (Caraïbes), 1973, 1979
  • « Ainsi parla l'Oncle, essais d'ethnographie » (reprod. en fac-sim. de l'éd. de, New York : Parapsychology foundation, 1954), Port-au-Prince : Fardin, 1998
  • « Ainsi parla l'Oncle (suivi de) Revisiter l'Oncle », Montréal : Mémoire d'encrier (Essais), 2009

mise-à-jour : 1er février 2010

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