Haïti,
une traversée littéraire / Louis-Philippe Dalembert et
Lyonel Trouillot ; avec la collaboration d'Yves Chemla. -
Paris : Culturesfrance, Philippe Rey ; Port-au-Prince :
Presses nationales d'Haïti, 2010. - 171 p. ;
21 cm + 1 CD audio. - (Cultures Sud, essai). ISBN 978-2-84876-153-4
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Le premier temps de l'ouvrage se présente sous la forme
« d'un dialogue entre un candide et une voix
répondante, celle d'un écrivain haïtien »
(p. 11). On y découvre les temps forts qui ont marqué deux
siècles d'histoire de la littérature haïtienne sous
les regards complémentaires de Louis-Philippe Dalembert et
Lyonel Trouillot — Haïtiens l'un et l'autre, mais
Dalembert vit à Berlin et parcourt le monde tandis que Trouillot
vit à Port-au-Prince après avoir passé une partie
de sa jeunesse aux Etats-Unis. Les auteurs s'accordent pour ne pas
enfermer l'objet de leur étude dans les limites du cadre
étroit que suggèrent la géographie
— l'insularité ! —, l'histoire
tourmentée d'un pays en mille éclats brisé
(Anthony Phelps), ou la langue — français et
créole, anglais, espagnol. Il en ressort l'image d'une
littérature du grand large, littérature du déplacement
(p. 80) où l'écrivain s'adresse au monde,
pressé par une impulsion intérieure rétive à
toute assignation réductrice : « au fond, si on
le lui demande, l'auteur haïtien répondra à coup
sûr qu'il s'est toujours considéré comme
écrivain. Point ! » (p. 81).
La volonté de partager avec l'homme dans sa
diversité s'exprime tout au long d'un parcours qui, des
pionniers tels Emile Nau ou Coriolan Ardouin mène à la
profusion d'aujourd'hui en passant par les grandes voix de Jacques
Roumain, Jacques Stephen Alexis, Marie Vieux-Chauvet ou Davertige. Mais
la revendication, aussi exigeante soit-elle, ne s'accompagne d'aucun
reniement ; chez chacun subiste une irréductible attache
que souligne par exemple Jean-Claude Charles qui avoue son amour de
tous les espaces de l'exil, autant que de sa terre natale — terre de mon enfance : « on ne peut rien contre l'enfance » (p. 82).
Ecrivain tout court plutôt qu'écrivain
haïtien … Cette réserve semble surtout
destinée à révoquer l'image d'Haïti telle
qu'elle prévaut à l'extérieur ; cliché
plus qu'image, où se mêlent ignorance, dépit et
condescendance. Ainsi est hautement revendiquée l'exaltation
d'une constante insoumission, caractéristique
des combats menés depuis l'indépendance par l'ensemble du
peuple haïtien autant que par chaque écrivain dans son
œuvre. Universitaire français ayant vécu et
travaillé en Haïti, Yves Chemla tente dans la seconde
partie de l'ouvrage de réduire la fracture en soulignant la
valeur positive qui peut et doit être attachée à
l'assignation d'origine : « il y a … une
exemplarité de l'être au monde des Haïtiens, qui va
nécessairement de pair avec une production culturelle
constante » (p. 87). Un plaidoyer qui mobilise les
ressources du savoir académique et celles, non moins
convaincantes, de la fraternité : « ce
texte … écrit dans la semaine du 12 janvier
2010 … a d'abord pour vocation de témoigner de la
très grande proximité de son auteur avec ses amis
haïtiens … » (p. 98).
Le recueil s'enrichit d'une brève anthologie qui
présente, de Mimi Barthélémy à Gary Victor,
un éventail de l'écriture haïtienne contemporaine,
une bibliographie sélective permettant d'approfondir et d'ouvrir l'approche,
ainsi que des repères chronologiques. En complément, un
choix d'enregistrements sonores restitue corps et
présence à une littérature qui n'a
— heureusement — jamais renié ses racines
orales : précieuse occasion d'entendre René Depestre,
Frankétienne, Emile Ollivier et Anthony Phelps.
Écrit à la mémoire des disparus et victimes du tremblement de terre du 12 janvier 2010, l'ouvrage est vendu au profit d'ONG Haïtiennes.
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| SOMMAIRE |
- Haïti, une traversée littéraire, Louis-Philippe Dalembert et Lyonel Trouillot
- Lire le texte haïtien, Yves Chemla
- Anthologie
- Repères chronologiques
- Bibliographie sélective
CD
- René Despestre : extrait de l'émission Une vie une œuvre : Jacques Stephen Alexis (France Culture, 8 juin 1995)
- Frankétienne : extrait de Documentaire d'été : Haïti vu d'ici (France Culture, 16 août 1986)
- Emile Ollivier, entretien avec Paula Jacques : extrait de l'émission Pentimento : Emile Ollivier (France Inter, 15 octobre 1995)
- « Pierrot le Noir », textes de Jean-Richard Laforest, Emile Ollivier et Anthony Phelps, dits par Emile Ollivier et Anthony Phelps
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COMPLÉMENT
BIBLIOGRAPHIQUE
- Louis-Philippe Dalembert, « Et le soleil se souvient », Paris : L'Harmattan, 1989
- Louis-Philippe Dalembert, « L'autre face de la mer », Paris : Le Serpent à plumes, 2005
- Louis-Philippe Dalembert, « Ces îles de plein sel et autres poèmes », Ivry-sur-Seine : Silex, Nouvelles du Sud, 2000
- Louis-Philippe Dalembert, « L'île du bout des rêves », Paris : Bibliophane - Daniel Radford, 2003
- Louis-Philippe Dalembert, « Vodou ! Un tambour pour les anges », Paris : Autrement, 2003
- Lyonel Trouillot, « Les fous de Saint-Antoine : traversée rythmique », Port-au-Prince : Ed. Henri Deschamps (Cahiers du Vendredi), 1989
- Lyonel Trouillot, « Rue des Pas-perdus », Port-au-Prince : Ed. Mémoire, 1996
- Lyonel Trouillot, « Les dits du fou de l'île », Port-au-Prince : Éd. de l'Île, 1997
- Lyonel Trouillot, « Thérèse en mille morceaux », Arles : Actes Sud, 2000
- Lyonel Trouillot, « Histoires simples », Port-au-Prince : Éd. Mémoire, 2001
- Lyonel Trouillot, « Les enfants des héros », Arles : Actes Sud, 2002
- Lyonel Trouillot, « Eloge de la contemplation », Paris : Riveneuve, 2009
- Lyonel Trouillot, « Yanvalou pour Charlie », Arles : Actes Sud, 2009
- Lyonel
Trouillot, « Chroniques de l'après : petite
histoire des réactions à l'horreur du
séisme », in Haïti parmi les vivants, Arles : Actes Sud, Paris : Le Point, 2010
- Lyonel Trouillot, « La belle amour humaine », Arles : Actes Sud, 2011
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| mise-à-jour : 22 novembre 2011 | 
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