6ème
édition du Prix du
Livre Insulaire (Ouessant 2004)
ouvrage en compétition |
Marasa / A 20.
- New York : Rivarticollection, 2004. - 220 p. ;
20 cm.
ISBN 0-9748912-4-X
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HAÏTI
PRESS NETWORK : […]
HPN — « Marasa » est
un roman à la fois poétique et allégorique.
A quoi renvoie réellement « Marasa » ?
A20 — C'est la question qu'on me pose tous les
jours. Je n'avais pas un titre à la tête en écrivant
« Marasa ». J'avais seulement envie de
cracher un mot coincé à la gorge. Alors, je suis
parti dans l'écriture. Etait-ce un roman ? Je n'en
savais rien. Il m'avait fallu attendre la fin pour me dire que
mon texte n'avait d'autre registre que celui du roman. Comme,
dans cette ambiance de parole éclatée, plusieurs
fois le thème de gémellité a fait surface,
le titre s'est imposé, le mot créole Marasa
signifiant jumeau. Mais tout cela n'épuise pas l'œuvre,
il lui offre un cadre par un jeu oppositionnel : deux récits
en parallèle, deux femmes encadrant un homme, la chute
des Twin Towers à NY ... Dans le récit en
monologue intérieur, du début à la fin,
le personnage masculin se questionne sur le sens de sa relation
avec l'une des femmes. Il finira par aboutir à la conclusion
que l'issue pour eux deux ne peut être qu'une forme de
gémellité. Mais choisir le mot créole c'est
marquer aussi la singularité du lieu de ma parole.
[…]
Propos recueillis par Dominique
Batraville
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| EXTRAIT |
La pluie. Ça aussi m'avait
manqué. Le bruit sur les toits. Ici, tous les amoureux
ont une histoire avec la pluie. Roumain
en a tiré son plus beau poème. Ou bien elle dérange,
elle gâche le rendez-vous, ou bien elle arrange, elle prolonge
la visite. On ne sort pas sous la pluie. Je suis content. Une
échéance est repoussée. Je suis assis au
milieu de vous deux sur le canapé. J'ai chaud aux pieds.
Avec votre permission, les chaussures s'en vont. Une décontraction
dans tout le corps. Un équilibre est atteint. Mon sourire
est là, figé, non pas crispé. Parler ou
rester sans rien dire m'est égal. J'ai un sommeil en mémoire
que le bruit sur le toit me ramène. Je me laisse aller.
Celui qui dort est un autre moi. Celui d'il y a vingt ans dans
une petite maison de province. Je le regarde faire en pensant
que je ne pourrai plus jamais être lui. Mais dormir avec
toi sous la pluie vaut son pesant d'or. Tu me l'as déjà
dit, tu en as rêvé. Mais à quand le parachutage
des rêves ? Mon esprit est juste ce soir, il n'y a
pas suffisamment de place pour le rêve. Je me confine dans
la réalité : l'eau qui tombe. Vos parfums
à vous deux qui s'affrontent. Et moi qui, malgré
moi, suis retourné à la pizzeria. Oui, j'en ai
mangé des pizzas, à New York. Ma vieille haine
de la pâte au fromage est liée au pays. C'est elle
qui m'a permis de comprendre le ton austère de Patricia.
Les tranches que j'avalais sur la cinquième avenue n'étaient
chargées d'aucune distinction. Ici, ces petits plats ronds
indexent la richesse. J'étais parmi les gens riches. C'est
récent dans le pays, la pizza. J'en ai entendu parler
pour la première fois à une sortie de classe :
une élève racontait que ces gens-là étaient
riches, qu'ils s'achetaient tous les jours de la pizza. Et sa
camarade de lui demander : c'est quoi la pizza ? —
Tu ne sais même pas ce qu'est une pizza ? Tu viens
de loin dans la forêt. — Je t'en prie, ne raconte
pas tout ça aux autres, ils vont se moquer de toi.
pp. 153-154
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COMPLÉMENT
BIBLIOGRAPHIQUE
- « Lettres à
Martine », New York : Rivarticollection, 2001
- « La Suzannade »,
New York : Rivarticollection, 2002
- « Mourir sucé »,
in Hommage aux lettres d'Haïti,
dossier préparé par Jean-Euphèle Milcé,
La Nouvelle Revue Française, n° 576, janvier
2006
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| mise-à-jour : 1er avril 2006 |

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