Les ni-Vanuatu 1
d'aujourd'hui sont les héritiers de pratiques artistiques
d'une grande richesse et d'une étonnante diversité.
Leurs ancêtres travaillaient le bois, la pierre et l'ivoire
des dents de cochon, gravaient le bambou, teignaient le tapa 2,
tatouaient le corps humain, tressaient et décoraient différentes
fibres végétales, modelaient l'argile, assemblaient
plumes, perles et coquillages, ou encore traçaient sur
le sable des plages des figures harmonieuses, complexes et déroutantes
(aux yeux des Occidentaux) … Et, si la fonctionnalité
utilitaire ou rituelle était rarement absente de ces multiples
réalisations, ni la maîtrise technique, ni la visée
esthétique n'étaient oubliées.
La charge intense de ce passé
prestigieux pourrait brider les tensions créatrices qui
s'expriment aujourd'hui dans l'archipel. Il n'en est rien semble-t-il
à en juger par le foisonnement d'initiatives individuelles
et collectives ; les obstacles existent, mais ils sont ailleurs : manque
de moyens matériels, marché embryonnaire.
Le bilan qu'ébauche Ralph
Regenvanu — peintre lui-même, et directeur du
Centre culturel du Vanuatu — présente les étapes
d'une rencontre fructueuse entre le courant traditionnel, toujours
assumé, et les apports extérieurs : acquis
d'apprentissages effectués hors de la terre natale (dans
les universités australiennes en particulier), fruit des
rencontres avec des artistes venus d'ailleurs et séduits
par la lumière du Pacifique, incidence de l'occidentalisation
qui affecte tous les secteurs de la vie de l'archipel.
Il en résulte une génération
chatoyante d'artistes dont les noms gagneraient à être
connus au-delà des rives de l'océan Pacifique :
Sylvester Bulesa (originaire de Pentecôte), Joseph John
(Emwae), Eric Natuoivi (Futuna), Michael Busai (Futuna), Juliette
Pita (Erromango), Aloi Pilioko (d'origine wallisienne), Emmanuel
Watt (Ambae), …
- ni-Vanuatu : habitants
de l'archipel du Vanuatu (autrefois les Nouvelles-Hébrides).
- nom donné par les Polynésiens
à une étoffe réalisée à partir
d'écorce d'arbre.