Tauhiti Nena, ministre en charge
de la culture au sein du nouveau gouvernement de la Polynésie
française, a souhaité établir un état
des lieux dynamique dans les différents domaines
relevant de ses compétences. Concernant les pratiques
artistiques, il s'est personnellement impliqué au sein
d'une équipe de connaisseurs et d'amateurs — le but
commun, plus qu'une tentative de mise à plat ou qu'un
bilan de l'existant, consistait à mettre en lumière
les tensions à l'œuvre dans la création contemporaine.
Cette approche, nécessairement
sélective, explore les voies par lesquelles les artistes
polynésiens en mouvement revivifient le dialogue
entre hier et demain, entre ici et ailleurs, en renonçant
délibérément à « l'art
d'évasion, à l'art saint-sulpicien des vahine et
des cocotiers » 1 qui,
en connivence avec l'industrie touristique, a trop longtemps
occupé le devant de la scène.
Plusieurs pistes fécondes
sont mises en évidence : le « Survival
Art » des « artistes de l'ombre »
qui , à l'instar du sculpteur Tihoti, « renouvellent
la tradition par leur regard contemporain » 2 ;
le « Nati Art » des « artistes
du lien » qui « cherchent à comprendre
leur identité en la confrontant à d'autres cultures » 3,
comme Laïza Pautehea dialoguant avec l'œuvre de Marcel
Duchamp ou, dans un geste symétrique, Andreas Dettloff
rapprochant « la banalité anodine du quotidien
et les symboles de la tradition [polynésienne] » 4.
S'y ajoutent des « inclassables » —
Jean-Paul Forest et Tehina — qui ouvrent le champ et laissent
entrevoir d'autres ressources, d'autres axes d'exploration.
Aux chapitres monographiques
consacrés à chacun des seize artistes retenus dans
ce bouquet dédié à la création contemporaine
s'ajoutent les points de vue transversaux de quatre témoins,
engagés à des titres divers dans la vie culturelle
en Polynésie française. Ces contributions permettent
de situer la matière du recueil au-delà de toute
géographie, dans le flux de l'art qui se cherche et se
fait — intention que dévoile Riccardo Pineri en rappelant
malicieusement que l'art contemporain va bientôt fêter
ses 100 ans — et, simultanément, de souligner
son inscription dans une culture polynésienne fondée
sur la rencontre et le partage — vertus illustrées
par un extrait de L'allégorie
de la natte de Jean-Marc Tera'ituatini Pambrun.
- Riccardo Pineri, L'art contemporain
va bientôt fêter ses 100 ans, p. 203
- Tauhiti Nena, Introduction,
p. 3
- Ibid.
- Chantal Selva, Andreas Dettloff, p. 142