Romain Gary

La tête coupable

Gallimard

Paris, 1968

bibliothèque insulaire

 
peintres des îles

Gauguin

La tête coupable / Romain Gary. - Paris : Gallimard, 1968. - 297 p. ; 21 cm. - (Collection blanche).
ISBN 2-07-027020-3
NOTE DE L'ÉDITEUR : Qui est l'homme qui se cache à Tahiti sous l'apparence d'un Picaro, une réincarnation moderne de ces aventuriers sans loi ni scrupules du Siècle d'Or espagnol ? Cohn joue à s'encanailler pour jeter bas le poids écrasant du monde et faire taire son « bêle-âme » idéaliste. Dansant d'une identité à l'autre, il échappe aux périls mortels qui le guettent. Il continue jusqu'au bout sa danse comique libératrice, même lorsque la véritable identité de ce « dissident » est découverte et qu'il est invité à reprendre la place élevée qui fut la sienne parmi les illustres responsables de ce temps.

Romain Gary avait créé le personnage de Cohn dans son précédent roman, « La danse de Gengis Cohn » ; il y incarne le type d'un moderne picaro — « dont la vie aux prises avec le monde et l'Histoire n'est plus qu'une danse libératrice, un règlement de comptes purificateur » ; à Tahiti, Cohn fait revivre et exploite à sa manière le « mythe Gauguin ».

Au chapitre XXVI, Cohn est plongé dans un demi coma, « où surnageait seulement le rêve déchirant par son intensité nostalgique d'une île lointaine et inaccessible que l'Océan protégerait de toutes parts. Je songe à celui que j'étais avant le commencement du monde 1  » — p. 243.


  1. Citation d'un poème écrit par W.B. Yeats en 1928 : « Before the world was made » ; Romain Gary cite plus loin (chapitre XXVII, p. 247) une traduction plus fidèle au texte original :
I'm looking for the face I had
Before the world was made.
EXTRAIT

Tahiti vivait dans le culte de Gauguin, curieux mélange de remords et de fierté. On avait laissé le peintre crever dans l'indifférence et la misère, entouré de tracasseries administratives et policières, sans oublier la haine farouche des missionnaires, dont le dernier survivant, le R. dom Henri de Laborde, écrivait trente ans après la mort de l'artiste : « Je voudrais que le silence se fît sur ce triste individu ». Mais aujourd'hui, on chérissait la mémoire de celui dont les toiles, reproduites à des millions d'exemplaires, avaient tant fait pour le mythe tahitien et pour le tourisme au « paradis terrestre ».

Bref, c'était un fromage de tout repos et Cohn s'était installé là-dedans confortablement. Il avait entrepris de faire payer à Tahiti ce qu'il appelait « un impôt sur Gauguin » et, malgré la concurrence, il y réussissait assez bien, grâce surtout à son physique et à son mode de vie déplorable. Avec sa casquette de capitaine au long cours, son anneau d'or dans l'oreille, sa barbe de pirate et son regard foudroyant, il faisait la meilleure impression aux touristes. Tout le monde dans l'île connaissait le faré du peintre à quelques kilomètres de Pouaavia, avec ses deux statues en bois sculptées aux motifs érotiques, fidèles répliques de celles que Gauguin avait placées devant sa case à Atuona, à la grande indignation de l'évêque des Marquises. La « Maison du Jouir » de Cohn n'avait de l'original que le nom, mais le directeur de l'agence Tourisme Grand Sud, M. Bizien, se proposait de reconstituer sur la plage la demeure de Gauguin, dans le cadre du circuit culturel de l'île qu'il était en train de mettre au point.

Chapitre II, p. 13

COMPLÉMENT BIBLIOGRAPHIQUE
  • « La tête coupable », Paris : Gallimard (Folio, 1204), 1980

mise-à-jour : 24 mars 2005

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