Les collections du musée
de Quimper font une large place aux peintres qui ont travaillé
à la pointe de Bretagne ; mais les paysages insulaires
y sont peu représentés. On trouve pourtant, au
hasard d'une page, la reproduction d'une toile de Théodore
Gudin : Tempête sur les côtes de Belle-Ile
(1851) et, plus loin, une évocation des périples
de Charles Cottet à Ouessant et à l'île de
Sein.
L'ouvrage, heureusement, offre
une belle reproduction du tableau sans doute le plus célèbre
d'Emile Renouf 1 : La veuve de l'île de
Sein (1880). Dos à la mer, la veuve, accompagnée
d'un enfant, est agenouillée devant une tombe recouverte
d'une dalle de pierre sobrement décorée d'une croix.
Cette représentation commémore implicitement l'épidémie
de choléra qui venait de sévir rudement sur l'île ;
le petit cimetière, à la sortie du bourg, est celui
qui avait été réservé aux victimes
de la maladie.
Dans son livre « Sein, l'île des cormorans
bleus », René Pichavant évoque
brièvement le passage d'Emile Renouf sur l'île :
« Des artistes étaient venus [...] attirés
par l'âpre beauté de l'endroit. Emmanuel Lansyer,
de Loches, qui parcourait le Cap après avoir découvert
Tréboul et Douarnenez, y débarqua en 1868. Emile
Renouf entreprendra sur place le sombre tableau baptisé
« La Veuve », en prière sur la tombe
de son disparu, qui recueillit un vif succès au salon
de 1880 », ajoutant qu'il en existait une esquisse
« plus petite, plus lumineuse, plus spontanée »,
vraisemblablement réalisée sur le vif pour préparer
le travail définitif en atelier.
- Emile Renouf était issu
d'une famille d'armateurs havrais. Son nom fut donné à
un quatre-mâts, lancé au Havre en 1897 et perdu
sur un récif des îles Loyauté en février
1900. Le peintre Maurice Le Scouëzec
a navigué comme pilotin sur l'Emile-Renouf en 1897-1898.