Les nombreux peintres irlandais
qui ont fréquenté la Bretagne dans la seconde moitié
du XIXe siècle et au début du siècle suivant
cherchaient l'exotisme, le monde rural, l'occasion de quitter
l'atelier pour peindre en plein air ; contrairement aux
écrivains de l'époque qui, comme Synge, tentaient
de raviver l'inspiration celtique, ils accordaient peu d'attention
à la parenté — paradoxalement plus visible aujourd'hui
— entre leur propre culture et celle de leurs hôtes
bretons.
Julian Campbell qui a consulté
les correspondances et écrits de ces peintres irlandais
met en évidence l'absence remarquable de sensibilité
commune : « la Bretagne avait le charme d'un
endroit à part ; elle paraissait aussi étrange
et exotique que l'Orient pour le visiteur ». Et
s'il arrive qu'une allusion soit faite au monde celte, elle esquive
toute parenté avec l'Irlande, comme dans cette observation
de William Leech : « ce sont des Celtes vivant
à Pont-L'Abbé en Bretagne, parlant une langue semblable
au gallois et portant un costume très particulier ».
Les œuvres réunies pour
l'exposition (présentée successivement à
Pont-Aven et à la Crawford
Art Gallery de Cork) témoignent de ce rendez-vous
manqué ; les traits communs que l'on ne peut manquer
de relever sont ceux d'une époque et permettraient difficilement
de distinguer leurs auteurs de leurs confrères français,
anglais, scandinaves ou américains qui, en nombre, fréquentaient
Concarneau, Dinan, Douarnenez, Pont-Aven ou Quimperlé.
Seule s'impose la forte personnalité de Roderic O'Conor.
Il semble pourtant, en de rares
occasions, qu'une rencontre plus aboutie eut été
possible. En témoigne une toile de Charles Lamb, Paysans
bretons en prière
(1927) ; les coiffes des trois femmes s'accordent sans heurt
à la spiritualité irlandaise — la scène est
en Bretagne autant qu'au Connemara.