Marie Amélie Anquetil
invite les visiteurs de l'exposition du Prieuré en 1985
et, plus largement, les lecteurs du catalogue, à « suivre
le chemin de Gauguin ». En précisant qu'il
faut, pour cela, « descendre au plus profond de
soi-même [pour] y atteindre l'universel », elle
propose une piste féconde, parmi d'autres.
Le catalogue suggère un
autre itinéraire, en apparence plus terre à
terre qui, de chapitre en chapitre, reconstitue le parcours historique
et géographique de Gauguin, semé d'escales : Pont-Aven,
la Martinique, Arles, Le Pouldu, Tahiti, Hiva Oa … qui sont
autant de lieux propices aux rencontres ou, parfois, aux rendez-vous
manqués 1.
Chacune de ces escales est une
occasion d'enrichissement, et provoque de nouveaux questionnements.
L'une des plus remarquable est en Arles où se déroule
un face à face incandescent avec van Gogh, véritable
prélude à la découverte de la lumière
du Sud ; il en est d'autres, comme cette rapide visite au
Musée d'Auckland où Gauguin est confronté
à l'art des Maori, sur laquelle Gilles
Artur 2, accompagné de Bronwen
Nicholson, est un des premiers à attirer l'attention.
Il reste encore un « chemin »,
plus intime, et non moins essentiel ; celui de la simple promenade,
de la déambulation quotidienne. Au hasard d'un sentier
breton dans la campagne du Pouldu, une paysanne croise les pas
du peintre : Bonjour M. Gauguin (1889). Et
des années plus tard, quand il se promène à
Tahiti, Gauguin retient le salut amical que lui adressent celles
et ceux dont il croise la route : Ia ora na ! No hea
mai oe ? E haere oe i ea ? Soit : Bonjour ! D'où viens-tu ? Où vas-tu ?
Lettre de Gauguin à Schuffenecker
(Arles, 20 décembre 1888) : « Vincent
m'appelle quelquefois l'homme qui vient de loin et qui ira loin » 3.
- On ignore si Gauguin et Rimbaud
se sont rencontrés à Paris, où ils fréquentaient
les mêmes lieux (le salon de Mallarmé entre autres).
Sans doute n'ont-ils jamais été plus proches l'un
de l'autre que dans les parages d'Aden, en avril 1891 ; Rimbaud
regagnant la France pour y mourir, Gauguin en route pour
Tahiti.
- Conservateur du Musée
Gauguin de Tahiti.
- L'idée du peintre « en
marche » séduisait van Gogh ; dans une
lettre à son frère, en août 1888, il
mentionne un autoportrait (aujourd'hui disparu) : « une
pochade que j'ai faite de moi […] sur la route ensoleillée
de Tarascon ».