Le silence des Chagos
/ Shenaz Patel. - Paris : Éd. de l'Olivier, 2005.
- 149 p. ; 21 cm.
ISBN 2-87929-454-1
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Chez
eux. Là-bas, aux Chagos. |
Peros Banhos, Salomon, Egmont,
Diego Garcia, … les Chagos, une pluie d'îles
posées sur la mer, mais aussi un emplacement stratégique
sans égal au cœur de l'océan Indien. En 1967,
la Grande-Bretagne concède les lieux aux Etats-Unis qui
installent à Diego Garcia une base aéro-navale
d'où plus tard s'envoleront des avions géants gorgés
de bombes à déverser sur l'Afghanistan puis sur
l'Irak. Pour rendre possible la militarisation de l'archipel
la totalité des habitants est évacuée sans
ménagement vers les Seychelles et, pour le plus grand
nombre, vers l'île Maurice.
Shenaz Patel évoque le
destin de ces milliers d'âmes perdues, reléguées
et vite oubliées dans les plus sordides bidonvilles de
l'île Maurice ; les femmes sont au premier plan de
ce drame silencieux : Charlesia qui incarne la mémoire,
Raymonde qui pendant l'exode à bord du Nordvaer a
donné naissance à Désiré, enfant
sans racines voué à une errance sans espoir.
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| EXTRAIT |
Le corps tendu en avant, il plonge
le regard dans ce ciel dont le bleu se dégrade et jaunit,
au loin là-bas, au contact de la mer. Ce doit être
le sable que soulève le vent, juste là-derrière.
Son sable. Son île ne peut être aussi loin que le
disent les atlas. Elle est sûrement là, juste là,
il voit sa mère qui y perd chaque jour son regard, du
fin fond de cette Vallée des Prêtres à l'embouchure
fermée. Lui-même se sent trop à l'étroit
sous cette paupière bleutée, qu'il voudrait pouvoir
entrouvrir sur un au-delà qui lui est ici refusé.
Partir, enjamber l'eau, traverser
l'horizon, défaire cette ligne obstinément fermée
pour découvrir ce qu'elle cache, ce qu'on lui cache, à
lui, ce dont on le prive, alors que cela lui appartient, alors
qu'il en rêve, éveillé comme endormi, depuis
que sa mère lui en a parlé. Là-bas, sans
doute aurait-il du travail, au lieu d'être oisif et sans
le sou comme ici. Partout où il s'est présenté,
les portes se sont fermées dès qu'ils ont su qui
il était. D'où il était.
Il vient des Chagos, c'est un
« Îlois ». C'est ce qu'ils lui ont
dit avec mépris, méfiance, dédain. Sa mère
l'avait prévenu. Ne dis jamais d'où tu viens. Ici,
nous ne sommes pas les bienvenus.
D'où il venait, le savait-il
seulement ? Les autres Chagossiens en parlaient comme d'un
paradis. Une vie simple, tranquille, rythmée par la mer,
un réveil matinal, des demi-journées consacrées
au travail dans les cocoteraies ou au calorifère pour
produire le coprah, des après-midi passés à
pêcher, le poisson en abondance, les tortues qui venaient
pondre sur la plage, le partage de tout ce qu'ils produisaient
ou récoltaient, le séga le samedi soir, chez l'un
ou chez l'autre, jusqu'au dimanche matin, tout cela le faisait
rêver. La vie là-bas était-elle vraiment
aussi simple et agréable ? Ou bien racontaient-ils
une réalité que l'exil et le regret avaient enjolivée ?
pp. 114-115
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COMPLÉMENT
BIBLIOGRAPHIQUE
- « Le
portrait Chamarel », Saint-Denis (La Réunion) :
Grand Océan (Le roman de l'océan Indien), 2001
- « Sensitive »,
Paris : L'Olivier, 2003
- « Un monde de douceur », in Nouvelles de l'île Maurice présentées par Pierre Astier, Paris : Magellan & Cie (Miniatures), 2007
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