Shim
Chong, fille vendue / Hwang Sok-yong ; traduit du coréen
par Choi Mikyung et Jean-Noël Juttet. - Paris : Zulma, 2009.
- 557 p. ; 19 cm. ISBN 978-2-84304-499-1
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| Hwang Sok-yong est aujourd'hui sans conteste le meilleur ambassadeur de la littérature asiatique.
Oe Kenzaburo |
Hwang Sok-yong (né en 1943) s'est inspiré
d'une légende de son pays, la Corée, pour tisser la trame
d'un roman qui dénonce la prostitution qui fleurissait en Asie
du sud-est à la fin du XIXe siècle et dont s'accomodaient fort bien les représentants de l'Occident, marins ou commerçants.
Très jeune, Sim Chong est arrachée au petit village
coréen où elle a grandi. Plusieurs fois vendue, elle se
retrouve successivement concubine d'un riche négociant chinois,
employée dans une maison close à Nankin puis à
Formose, maîtresse d'un agent de la Compagnie anglaise des Indes
à Singapour. Après avoir ouvert sa propre maison sur
l'île d'Okinawa (royaume du Ryūkyū),
elle épouse un prince de l'archipel avant un nouveau
départ vers le Japon cette fois. Une dernière escale lui
permettra de revenir en Corée pour y mourir.
En toile de fond, se déroulent les manœuvres des
impérialismes locaux et internationaux : l'Angleterre usant de
la force pour écouler en Chine l'opium de son empire, les
Etats-Unis forçant avec l'escadre de bateaux noirs du
commodore Perry l'ouverture commerciale du Japon, le Japon sortant de
la féodalité et prenant le contrôle de l'archipel
du Ryūkyū.
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| EXTRAIT |
C'est à bord d'une barque que Dame Wenji et Chong
gagnèrent le bâtiment, bien plus imposant qu'une jonque.
Sur la proue était peint un dragon, gueule grande ouverte. Sur
la poupe figurait l'inscription « Bon vent, bonne
traversée ». Tout cela semblait assez familier
à Chong, laquelle se souvenait de l'arrachement à son
pays natal.
Les membres de l'équipage
avaient des pantalons et des vestes jaunes. Le capitaine et les
marchands portaient, eux, un haori de drap, ou un nagagi, sorte
de manteau léger à amples manches. Marchands et passagers
prirent place dans les cabines. De jour, tout le monde restait sur le
pont supérieur pour regarder les archipels et respirer l'air du
grand large.
Au bout d'une journée et d'une
nuit, des îles apparurent sur l'horizon. Elles appartenaient au
royaume du Ryūkyū : Yæyama et Amami d'abord, puis Iriomote,
Haterma, Ishigaki. La mer était tantôt verte, tantôt
rougeoyante au-dessus des récifs coralliens, et parfois
écumeuse sur de vastes étendues. Des heures durant, on ne
vit plus de terres. Puis surgit une petite île
hérissée de rochers saillants. Dame Wenji croisa les
mains sur sa poitrine :
— Là-bas, c'est Tarama. Quand je partais avec
mon père dans son bateau de pêche, je voyais cette
île du côté du soleil couchant. J'ai l'impression
d'entendre encore sa voix …
Des
îles minuscules apparaissaient et disparaissaient sur l'horizon.
En approchant de son pays natal, Dame Wenji redevenait Fumiko.
Exaltée, elle disait :
— À partir d'ici, c'est mon pays natal !
« Lenhwa », maintenant, ça se prononce
« Lenka » ! — Comme vous voulez, moi je veux bien …
Les îles Miyako dont Fumiko était originaire se
situaient au centre du vaste archipel du Ryūkyū. À l'autre
extrémité du chapelet d'îles se trouvait la
capitale du royaume, Naha, avec son château de Shuri. Le bateau
fit une brève escale à Miyako. Quelques passagers
montèrent ou descendirent tandis qu'une partie de la cargaison
était déchargée. Depuis le pont, Fumiko montrait
le port : — Lenka, regarde :
là-bas, c'est le marché où mes parents vendaient
leur poisson !
On appareilla avant le soir.
Deux jours plus tard, le bateau abordait à Naha. Le soleil se
couchait, colorant de sa pourpre les voiles, les vêtements des
gens, même leur visage. Les bateaux rentraient dans la rade en
forme d'arc. Le cargo vira de bord, de petites barques effilées
avec des têtes de dragons à la proue s'en
approchèrent. Une baie profonde et resserrée comme une
rivière s'ouvrait devant le navire. Dans les rues animées
du port, des lampes s'allumaient avec la tombée de la nuit. Sur
les hauteurs, on apercevait un château aux toits rouges. — Le château de Shuri, dit Fumiko. C'est là que le roi réside.
Chong ouvrait des yeux étonnés. Dans la
pénombre envahissante, le bois, la colline, la ville de Naha,
lui parurent d'une grande beauté. À rebours des autres
villes où elle avait dû se rendre, elle eut l'impression
d'être la bienvenue, comme si elle revenait dans son pays natal.
Nulle inquiétude n'effleurait plus son cœur. Elle
regardait la fumée s'élever des toits, l'heure
était venue de préparer le dîner.
pp. 394-396 |
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| mise-à-jour : 4 juin 2010 |

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