Utê Mûrûnû,
petite fleur de cocotier / Déwé Gorodé.
- Nouméa : Grain de sable, EDIPOP, 1994. - 93 p. ;
21 cm.
ISBN 2-84170-009-7
|
ERIC FOUGÈRE : Un conflit de culture entre tradition
kanake et modernité sociale, incarné par l'opposition
tribu/Nouméa, constitue le sujet d'Utê Mûrûnû.
Son sous-titre, petite fleur de cocotier, rappelle une
permanence du thème végétal, qui s'articule
en l'occurence au symbole féminin du cocotier dans la
vision kanake. Un refus d'alliance avec le clan des maternels
occasionne un divorce avec la tribu paternelle et met l'accent
sur une relation compensatoire entre grand-mère et petite-fille.
A travers quatre générations de femmes, portant
toutes le nom de leur aïeule en rébellion contre
l'ordre, Déwé Gorodé revient sur la condition
féminine au sein de la société kanake.
« L'Echo de Narcisse,
ou les voix du miroir : La nouvelle en Nouvelle-Calédonie »,
Thamyris, n° 8 (2001), p. 165
|
| EXTRAIT |
Porteuses de semences, nous étions
lardées d'interdits, marquées de tabous comme autant
de pierres pour obstruer la vie. Ornières de plaisir,
nous devenions des Eva mordues par le serpent inventé
par les prêtres de la nouvelle religion. Adi, perles noires
du mariage coutumier, nous étions échangées
comme autant de poteries scellant une alliance entre deux guerres.
Voies et pistes interclaniques, nous survivions tant bien que
mal à nos enfances et à nos pubertés trop
souvent violées par des vieillards en état de lubricité.
Prestige, virilité, guerre, des concepts mâles pour
la grande case des hommes bâtie sur le dos large des femmes !
Partage, solidarité, humilité, paroles féminines
conçues, nourries, portées dans nos entrailles
de femmes battues ! Auu ! Tu le sais déjà,
petite sœur, ce monde érigé sur notre ventre,
nos bras, notre tête, cet univers parasitant notre corps,
n'est qu'un leurre qui nous force à la soumission. Mais
il est tout aussi vrai, petite mère, que tous les hommes
ne sont que nos fils ! Et si nous n'avons pas demandé
à venir au monde, si nous n'avons pas choisi de naître
femmes, nous n'avons qu'une vie, ici et maintenant, alors tentons
au moins de la vivre au lieu de la subir !
Extrait cité par Eric
Fougère in : « L'Echo de Narcisse, ou
les voix du miroir : La nouvelle en Nouvelle-Calédonie »,
p. 165
|
|
COMPLÉMENT
BIBLIOGRAPHIQUE
- « Sous
les cendres des conques », Nouméa : Edipop,
1985
- « Par les temps qui courent
», Nouméa : Grain de Sable, 1996
- « L'agenda » (nouvelles),
Nouméa : Grain de Sable, 1996
- « Dire
le vrai / To tell the truth » avec Nicolas Kurtovitch,
Nouméa : Grain de Sable, 1999
- « Le vol de la parole »
avec Weniko Ihage, Nouméa : Edipop, 2003
- « The Kanak apple
season : selected short ficition of Déwé Gorodé »
ed. and translated by Peter Brown, Canberra : Pandanus books,
2004
- « Sharing as custom
provides : selected poems of Déwé Gorodé »
ed. and translated by Raylene Ramsay and Deborah Walker, Canberra :
Pandanus books, 2005
- « L'épave »,
Nouméa : Madrépores, 2005
Sur le site « île
en île » : dossier
Déwé Gorodé
|
|
|