L'Écorcobaliseur
/ Bérengère Cournut ; avec quatre dessins de Victor
Brauner. - Paris : Attila, 2008. - 190 p. : ill. ;
20 cm. ISBN 978-2-917084-03-8
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NOTE DE L'ÉDITEUR
: L’écorcobaliseur a disparu. Avec, au bout du bras, la
tête ensanglantée de son frère. À Menfrez,
tout le monde s’interroge ... Et leur sœur la
première, qui doit maintenant conjurer sa solitude. Le cerveau
en marche arrière, elle explore sa mémoire, son
passé, le district où elle a grandi.
Frères
et sœur ont jusqu’ici formé un équilibre
parfait, rigoureusement autonome, et rien, surtout pas les obstacles
extérieurs, n’a encore perturbé cette
mécanique. Or ils ont fait front si longtemps au monde que
celui-ci, humilié, se venge …
Dans cette
plongée au tréfonds de sa propre histoire, qui prend la
forme d’une quête aussi bien que d’une enquête,
la sœur de l’écorcobaliseur est assistée par
des Bédouins en exil, des loups de mer philosophes et des
rockers au grand cœur. Récit intime et maritime, servi par
une écriture dense et fantaisiste, L’Écorcobaliseur est un roman singulier sur l’absence et sur la mémoire.
Bérengère Cournut n'a pas trente ans, et L'Écorcobaliseur n'est pas son dernier roman.
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| Ils seront à eux-mêmes leur propre brèche, le monde n'aura pas de prise sur eux.
p. 106 |
En citant en épigraphe, Le Grand combat d'Henri
Michaux, Bérengère Cournut indique la source où
elle a puisé le nom d'un de ses protagonistes — L'Écorcobaliseur — et, plus fondamentalement, l'élan qui soutient son récit : « On cherche aussi, nous autres, le Grand Secret ».
Une
sœur et ses deux frères tentent de reconstruire leur
unité perdue en marge des lieux que contrôlent les bien
pensants. S'en suit un enchaînement de variations
odysséennes où, en point de fuite, une île
peuplée de bédouins et curieusement nommée La-Mer, tient lieu d'Ithaque.
D'un
apparent, et réjouissant, délire surgissent des
questionnements qui entrent en résonnance avec l'univers d'Henri
Michaux, à propos par exemple de ce curieux dedans-dehors, ou toute carapace protège-t-elle à la fois l'intérieur et l'extérieur ?
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| EXTRAIT |
Selon
les mots d'Hermann, ils sont marins du même dogme : la mer
comme terrain de prédilection pour prendre et comprendre sa
place, pour lever le mystère de l'existence. Henric insiste sur
la nécessité de rester modeste dans cette entreprise.
S'engage une conversation sur les modalités d'une telle posture
et les diverses façons de conduire sa quête.
J'écoute attentivement. Tous les deux pensent
qu'évidemment le sens du monde est contenu dans des profondeurs
inaccessibles à la conscience ordinaire. Ayant choisi la mer,
où le mouvement perpétuel est une difficulté
supplémentaire, ils ont été amenés à
définir les impératifs d'une recherche efficace.
Première règle : sillonner le terrain de
prédilection dans la plus grande solitude, la captation des
signes étant à ce prix. Toute présence
étrangère, même intérieure, est à
bannir. Quand on est marin, il ne suffit pas de laisser des corps
à terre, il faut également se dégager de toute
influence, de toute histoire. Autre nécessité :
écouter ses penchants et reconnaître ses aptitudes. Pour
sa part le capitaine se définit comme un attentiste persistant,
un guetteur invétéré. D'après son
expérience, le visible est une entité incomplète
la plupart du temps, proche en celà du chaos, mais au sein de
laquelle l'élément manquant finit toujours par surgir
— comme sous l'effet d'une mécanique destinée
à remettre les choses d'aplomb. Il suffit d'être là
au bon moment. En somme il est cueilleur de vérités.
Henric,
lui, se déclare plus volontiers sondeur. Car à partir du
moment où on a admis que le sens de l'existence est
caché, pourquoi attendre qu'il se manifeste par instants au
milieu de rien ? Non : il faut attraper les lambeaux de
vérité dont parle le capitaine avant qu'ils n'atteignent
la surface et qu'ainsi ils se dénaturent.
pp. 138-140 |
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| mise-à-jour : 15 septembre 2008 |

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