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Après avoir touché
plusieurs atolls situés sur notre route maritime, la Tereora
quitta [les Tuamotu] et mit enfin le cap pour les Marquises.
Mon frère sautait de joie
à la perspective de revoir bientôt ses parents.
Il débordait de plaisir et bondissait comme un cabri,
tant et si bien qu'un jour où la cale était ouverte,
il y tomba lourdement se cassant l'épaule. […] Par bonheur,
quatre jours plus tard, la Tereora vogua en vue de deux
îles sauvages et impressionnantes : Ua-Pou et Ua-Uka.
Quelques heures plus tard, par très beau temps, nous entrâmes
dans la majestueuse baie de Taiohae dans l'île de Nuku-Hiva.
Immobile sur le pont arrière,
j'éprouvais, à la vue de cet immense cirque de
montagnes sauvages une intense émotion dont je garderais
le souvenir toute ma vie.
Nous étions enfin arrivés
aux îles Marquises.
La Tereora s'ancra dans
la baie à peu de distance du rivage. Pour aller à
terre nous nous assîmes sur un amoncellement de caisses
et de sacs entassés dans une lourde baleinière
en bois. Nous en profitâmes pour admirer l'habileté
des matelots athlétiques qui souquaient sur les lourds
avirons de bois jusqu'à ce que la lourde coque s'échoue
sur une plage de sable noir. Lorsque nous mîmes enfin pied
à terre, un homme à la silhouette mince nous attendait.
C'était monsieur Gendron, l'un des rares colons des Marquises
qui était établi à Nuku-Hiva. […] Nous
marchions toujours à pied car les voitures étaient
inconnues. Mais beaucoup de cavaliers nous dépassaient
ou nous croisaient montés sur de petits chevaux marquisiens.
En arrivant chez monsieur Gendron
ce colon me dit :
— Benoît aujourd'hui tu vas bien te reposer et
après une bonne nuit tu seras prêt pour te rendre
chez tes parents.
— Comment vais-je aller à Aakapa ?
— A cheval mon gars, ici on n'a jamais vu une automobile.
D'ailleurs il n'y a pas de route. Il faut emprunter des sentiers
fantaisistes qui s'enfoncent dans la jungle. Je t'accompagnerai
en te servant de guide. Nous partirons demain à l'aube.
Fatigué par la traversée
et tous les évènements de la journée, je
m'endormis très vite.
pp. 43-44
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