Le
rôdeur des confins / Kenneth White ; traduit de l'anglais
par Marie-Claude White. - Paris : Albin Michel, 2006. -
344 p. ; 23 cm. ISBN 2-226-17235-1
|
| [Chaque île] était comme la première lettre enluminée d'un manuscrit océanique. Tout un monde s'ouvrait.
p. 26 |
Rôdant du nord au sud en quête de passages vers confins, marges et limites, Kenneth
White accumule observations et réflexions, reflets d'un monde ouvert — dont tendent
à éloigner la hâte, l'habitude et autres travers du
siècle. Empreinte de flânerie, la
pérégrination débute aux Orcades, « un
retour au pays natal, bien entendu », accueille un
écho en provenance du Groenland, fait halte aux îles
Lofoten et en Corse ; suivent quelques escales continentales dont la
tonalité permet de mesurer l'écart propre à
l'insularité, puis un saut dans l'océan du vide, de Tahiti aux îles Sous-le-Vent et aux Tuamotu.
Ici
ou là, Kenneth White est en permanence à l'écoute,
disponible aux rencontres de hasard autant qu'aux voix qui
l'accompagnent de longue date : Rasmussen au Danemark,
Sénèque ou Conrad en Corse, Segalen ou Henry Adams en
Polynésie.
Pour le rôdeur des confins, « le
livre-itinéraire entre dans un champ d'expérience, avec
tout ce que celui-ci peut avoir de mouvant et d'émouvant, de
confus et de flottant, d'obscur et de lumineux. Il plonge dans la prose
du monde, qui est souvent parcourue d'une étrange
poéticité » (Avant-propos, p. 11).
|
| EXTRAIT |
Je n'étais pas loin de rendre l'âme à
Kirkwall quand, descendu au port, je suis tombé sur une taverne
sympathique, où j'ai fait la connaissance d'Eric Sinclair. Eric discourait, le croiriez-vous ? sur la littérature.
« Il n'y a pas grand chose ici depuis les sagas,
déclarait-il. Seulement des versions niveau école
primaire du matériel des sagas et des tonnes de petits romans
locaux. »
J'ai tendu l'oreille. Il est rare d'entendre quelqu'un parler
ainsi de nos jours (la résignation au nom du réalisme est
la règle), et je ne m'y attendais pas ici.
« Et quand, après avoir fouillé dans les
archétypes, s'être plongé dans les
stéréotypes, on les jettera aux ordures, tout ce qui
restera à leur place, ce sera une pathologie
autistique. » Il me plaisait bien, cet Eric Sinclair.
« Je ne sais pas pourquoi je me donne le mal de parler
comme ça, me dit-il plus tard, alors que nous étions
engagés dans une discussion à deux. Je suppose que j'ai
tout simplement besoin de me soulager. Mais il serait temps que quelque
chose d'une plus grande envergure voie le jour. »
Nous avons parlé de cette idée les jours suivants,
mais avons passé la plus grande partie du temps à
seulement naviguer dans le bateau d'Eric, The Whitemaa, parmi les îles : Westray, Eday, Egilsay, Rousay, Stronsay, Shapinsay, Sanday, …
Chacune d'entre elles disait quelque chose, dans un langage de
roc aux sombres consonnes, de rumeur de mer et de lumière
errante. Chacune
d'entre elles était comme la première lettre
enluminée d'un manuscrit océanique. Tout un monde s'ouvrait.
L'île des orques, pp. 25-26 |
|
|
COMPLÉMENT
BIBLIOGRAPHIQUE
- Kenneth White, « Atlantica », Paris : Grasset, 1986
- Kenneth White, « Corsica, l'itinéraire des rives et des monts », Ajaccio : La Marge (San Benedetto), 1998
- Kenneth White, « Parvenir à
la béatitude », in Riccardo Pineri (dir.),
Paul Gauguin, héritage
et confrontations, Actes du colloque international organisé
les 6, 7 et 8 mars 2003 par l'Université de la Polynésie
française, Papeete : Éd. Le Motu, 2003
- Kenneth White, « Un monde ouvert, anthologie personnelle », Paris : Gallimard (Poésie, 425), 2007
- Kenneth White, « Les archives du littoral », Paris : Mercure de France, 2011
- Kenneth
White, « La carte de Guido : un pélerinage
européen », Paris : Albin Michel, 2011
- Henry Adams (éd.), « Mémoires d'Arii Taimai », Paris : Sté des Océanistes (Publications, 12), 1964
- James Boswell, « L'île de Corse, journal d'un voyage », Paris : Hermann, 1991
- James Boswell, « En défense des valeureux Corses », Monaco : Ed. du Rocher (Anatolia), 2002
- Joseph Conrad, « Le Tremolino », in Le miroir de la mer, Paris : Gallimard (Folio classique, 4760), 2008
- Herman Melville, « Taïpi », Paris : Gallimard, 1952
- Herman Melville, « Omoo », Paris : Flammarion (GF, 590), 1990
- Herman Melville, « Mardi », Paris : Flammarion (GF, 594), 1990
|
|
| mise-à-jour : 28 février 2011 |

| |
|