Robert Louis Stevenson

Dans les mers du Sud

Payot & Rivages - Petite bibliothèque Payot / Voyageurs

Paris, 1995
bibliothèque insulaire

         

errances
livres sur les Marquises
Dans les mers du Sud / Robert Louis Stevenson ; trad. de l'anglais par Théo Varlet et Isabelle Chapman. - Paris : Payot & Rivages, 1995. - 416 p. ; 19 cm. - (Petite bibliothèque Payot/Voyageurs, P248).
ISBN 2-228-88934-2

La goélette tourna sur sa quille ; l'ancre plongea. Cela fit un petit bruit, mais un grand évènement : car mon âme est descendue avec cette amarre en des profondeurs d'où le cabestan ne pourra l'extraire ni le plongeur la repêcher ; et nous sommes, depuis cette heure, moi et plusieurs de mes compagnons de bord, les prisonniers des îles de Vivien.

Robert Louis Stevenson
Chapitre Premier : Une arrivée aux îles, p. 24

Comme beaucoup d'autres après lui, Stevenson avait lu Melville (Typee, Omoo) avant d'embarquer sur le Casco à San Francisco. Mais le chemin que, passées les premières escales marquisiennes, il suivra jusqu'aux îles Samoa reste unique. Seul ou presque, avec Gauguin, il s'aventure sur une voie sans retour.

Les quinze premiers chapitres (pp. 21-132) du recueil, consacrés aux îles Marquises, donnent la mesure du choc éprouvé au contact d'un monde neuf à ses yeux : Traverser la Manche, c'est, pour un garçon de douze ans, changer de cieux ; traverser l'Atlantique, pour un homme de vingt-quatre, c'est à peine modifier son régime. Mais je venais de m'échapper hors de l'ombre de l'Empire romain, dont les monuments dominent nos berceaux, dont les lois et les lettres mettent partout autour de nous contraintes et prohibitions. J'allais voir maintenant quels hommes peuvent être ceux-là dont les pères n'ont jamais étudié Virgile, jamais été conquis par Jules César, jamais été régis par la sagesse de Gaius et Papinien. Du même coup, j'avais dépassé cette zone confortable des langues apparentées, où il est si aisé de remédier à l'anathème de Babel (p. 25).

Les pages qui suivent démentent ce sombre pronostic : les dialectes polynésiens sont faciles à apprendre, quoique difficiles à parler avec élégance (p. 27). Mieux, l'Écossais, habitué dans sa jeunesse à côtoyer les rudes habitants des Highlands et des Îles, ressent aux antipodes l'emprise de tensions déjà éprouvées ; ici, comme chez lui un siècle plus tôt, le peuple subit une transition convulsive, séquelle d'une autorité étrangère imposée de force. Dès lors, comme en terrain de connaissance, il peut s'abandonner au charme des êtres et des lieux, s'inquiéter des progrès de la dépopulation, juger sans complaisance mais sans parti pris l'action des missions, protestante ou catholique (l'occasion d'un beau portrait de Mgr Dordillon), s'indigner à l'évocation d'actes de cannibalisme : je me rendis compte … qu'il était toujours dans les limites du possible que j'entendisse le cri d'une victime prise au piège (p. 102).

Mais toujours prévaut la curiosité et, en toute occasion, une aptitude à la fraternité que n'entravent ni le recul, ni l'ironie. A Hiva Oa, après avoir reçu la visite du sage Mapiao, un homme de si haute mine, et si pareil à un mien oncle qui serait devenu fou et se serait fait tatouer, Stevenson s'enquiert de l'impression qu'emportera son visiteur : « Mitai ehipe ? » demandai-je. Et lui, avec sa riche onction, et me tendant la main : « Mitai ehipe, mitai kaekae ; kaoha nui ! » — ou, traduction libre : « Le navire est bon, les vivres de la meilleure qualité, et nous nous quittons amis ». Ayant délivré ce certificat, il s'en fut le long de la plage, la tête penchée, et l'air de quelqu'un profondément offensé (p. 117).

COMPLÉMENT BIBLIOGRAPHIQUE
  • « In the South seas, being an account of experiences and observations in the Marquesas, Paumotus and Gilbert islands, in the course of two cruises on the yacht Casco (1888) and the schooner Equator (1889) » ed. by Sidney Colvin, New York : Charles Scribner's sons, 1896 ; London : Chatto & Windus, 1900
  • « Dans les mers du Sud, récit d'expériences et d'observations faites dans les îles Marquises, les Pomotou et les Gilbert au cours de deux croisières sur le yacht le Casco (1888) et le schooner l'Équateur » trad. de M.-L. Des Garets, Paris : Ed. de la Nouvelle revue française, 1920
  • « Dans les mers du Sud, I : les Marquises et les Paumotus » trad. de l'anglais par Théo Varlet, Paris : Ed. de la Sirène, 1920
  • « Dans les mers du Sud, II : les Gilberts » trad. de l'anglais par Théo Varlet, Paris : Ed. de la Sirène, 1920
  • « Dans les mers du Sud » trad. postface et notes de Théo Varlet, bibliographie de Francis Lacassin, Paris: Union générale d'éditions (10/18 L'aventure insensée, 1390), 1980
  • « Dans les mers du Sud » trad. de l'anglais par Marie-Louyse des Garets, Paris : Gallimard (Folio, 1511), 1983
  • « Dans les mers du Sud » trad. de l'anglais par Théo Varlet et Isabelle Chapman, Paris : Payot & Rivages (Petite bibliothèque Payot/Voyageurs, P248), 2003
  • Sylvie Largeaud-Ortega, « Ainsi Soit-Île : littérature et anthropologie dans les Contes des mers du sud de Robert Louis Stevenson », Paris : Honoré Champion (Bibliothéque de littérature générale et comparée, 105), 2012
  • Nakajima Atsushi, « La mort de Tusitala », Toulouse : Anacharsis, 2011

mise-à-jour : 27 mars 2015

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